Prise en compte de l'unité de l'être : la psychomotricité et le psychomotricien

Ce post a été rédigé par Anna BIENFAIT, Psychomotricienne . Publié le 17/06/2021 à 22:39 et mis à jour le 17/10/2021 à 09:54.

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La psychomotricité


La vision psychomotrice s’intéresse à la relation entre le corps et le psychisme, elle cherche ainsi à prendre en compte l’individu dans sa globalité.

Le corps vivant est mouvement (mouvement interne des organes : battements du cœur, digestion…). Notre relation au monde se fait dans le mouvement : communication non verbale, action sur les objets et autres éléments de l’environnement... Dès la vie intra-utérine le bébé est en mouvement, d’abord réflexe puis progressivement volontaire.

Un individu tout seul n’existe pas, l’être est toujours en relation avec le monde et cette relation s’établit par et au travers du corps (réception par les sens, réactions posturales, mimiques…) lui-même en relation permanente avec le psychisme.

Le développement de l’enfant nous montre comment s’élabore les liens entre le corps et le psychisme en relation avec le monde. Le corps en mouvement et en relation participe à l’élaboration du psychisme et réciproquement, et ce à tout âge (apprentissages).



Dans le schéma ci-dessus, nous constatons que le tonus est à l’interface des dimensions psycho- et motrice et qu’il est impacté par des relations avec l’environnement humain et physique.

Mais qu’est-ce que le tonus ? Il s’agit de la légère tension permanente et involontaire des muscles. Ce tonus nous permet de rester dans une position donnée. Il procure aussi l’énergie à notre mouvement (mouvement lent, calme, rapide, énergique…) et en détermine sa qualité (fluide, harmonieux, saccadé, désordonné…). Le tonus est aussi expression d’émotions et donne la tonalité vibratoire à toutes les expériences sensorielles.


Pour mieux comprendre l’interrelation émotion-tonus donnons quelques exemples. Lorsque nous avons peur nous pouvons rester figés, fuir, « avoir une boule au ventre »… Lorsque nous sommes heureux nous pouvons sautiller de joie. Lorsque nous sommes en colère nous sommes tendus, crispés… Ainsi, émotion et corps sont intimement liés par les différents états toniques vécus : tendu, crispé, figé, énergique, lent, détendu, apaisé…Tous ces termes évoquent des états toniques différents tous rattachés à un état émotionnel. Inversement un état tonique peut influencer la venue d’une émotion. Par exemple, une tension désagréable dans le corps peut amener à une contrariété. Le tonus fait ainsi le pont entre ce qui « se passe dans la tête » et ce qui « se passe dans le corps ».

L’émotion, enracinée dans le physique (réaction physiologique) fait lien entre corps et psychisme mais elle est aussi lien entre l’être et l’environnement : elle est véhicule, au travers du tonus, de communication corporelle. Très schématiquement nous pouvons représenter cela de la façon suivante :

Voyons maintenant en quoi tonus, émotion et sensorialité sont intimement liés. Les sens renseignent le sujet à la fois sur ce qui se passe à l’interne, dans son corps (proprioception et intéroception) et sur ce qui se passe dans son environnement et dans la relation à l’autre. [Notons qu’en psychomotricité nous ne considérons pas cinq sens mais sept et parfois huit, les trois supplémentaires étant le vestibulaire, sens de l’équilibre, la proprioception, sens de la position du corps dans l’espace et du mouvement, et l’intéroception, ressenti des viscères.] Les sens ont un effet direct sur le tonus. Prenons l’exemple de l’ouïe : une musique douce que vous aimez vous mettra dans un état d’apaisement, au contraire une musique qui vous est désagréable, trop forte, vous énervera, vous mettra dans un état de crispation… De la même manière la caresse d’une personne de confiance peut amener à la détente ou, a contrario, la caresse d’une personne peu appréciée ou réalisée par surprise peut entrainer une crispation. Nous voyons dans ces exemples que, lorsque l’on associe une réaction tonique à un sens, l’émotion est également présente.


Dès la naissance le tonus à une place primordiale dans la construction du sujet. Le nouveau-né dispose comme moyen de communication et de construction les alternances entre contractions, expression d’un besoin, et détente, satisfaction du besoin. Par exemple, le bébé affamé se met en hypertonicité, qui a à valeur tonico-émotionnelle et qui appelle une réponse du parent ; l’enfant satisfait se détend (hypotonicité). Le bébé est dans un système de « tout ou rien ». Ces alternances contrastées d’états toniques se répétant au fil des expériences participent à la construction de son psychisme (perception des limites de son corps, intégration de la temporalité : la répétition permet d’extraire des invariants et donc d’anticiper.

Le bébé découvre dans le même temps le plaisir de la relation à l’autre apaisante. A l’inverse, porter un bébé lorsque nous sommes tendus, absents psychiquement impacte ce dernier qui ressent toniquement l’état de celui qui le porte. Cela peut mettre le bébé à son tour dans cet état de tension. Nous voyons là l’importance de ce dialogue tonico-émotionnel au travers de la proprioception et du toucher dans la relation au tout petit. 

Les variations toniques de l’autre sont particulièrement perceptibles dans le contact corporel mais elles ne se vivent pas seulement dans les corps à corps, elles sont aussi véhiculées par le regard et par la voix. Nous vivons cette expérience lorsqu’un enfant fait ses premiers pas : nous nous recrutons toniquement, les épaules remontées, nos mimiques accentuées, regard écarquillé et souriant, voix plus aigüe et plus élevée (« oui, vas-y !! »). Nous soutenons alors le recrutement tonique de l’enfant par l’intermédiaire de notre tonus, au travers de nos expressions corporelles et émotionnelles.


Ainsi, la psychomotricité s’intéresse tout particulièrement aux états toniques du sujet en relation avec l’environnement. Toile de fond de la construction du bébé, le tonus devient caisse de résonnance de l’être tout au long de son développement puis de son évolution, de la naissance à la mort.


Le psychomotricien


Sur quoi le psychomotricien porte-t-il son attention ?

 

Le psychomotricien considère le corps comme une manifestation de tout l’être. Ainsi, il ne s’intéresse pas seulement à ce que fait le sujet avec son corps (motricité) mais aussi à comment il sent son corps (sensorialité) et comment il communique avec son corps (relation, émotion).  Observer le tonus d’un sujet permet d’appréhender son corps mais aussi ses états affectifs et la manière dont il reçoit les informations sensorielles (intensité, qualité…).

Le psychomotricien travaille sa relation au sujet pour que ce dernier puisse investir sa relation à lui-même, aux autres et à son environnement. 


Le corps du psychomotricien au centre de son intervention

 

Le psychomotricien est à la fois en observation fine du sujet et de lui-même, puisque qu’il est impacté par la relation avec ce dernier. Il conscientise les impacts de la relation sur lui-même (ressentis corporels, émotions, pensées) pour ajuster ses interventions au travers de son état tonique, de sa posture, de son regard, de sa voix… Conscientiser et travailler ces paramètres corporels de la relation sont des éléments majeurs de l’intervention du psychomotricien : le corps du psychomotricien est son principal outil.


De qui s’occupe le psychomotricien ?

 

Le psychomotricien peut travailler avec des personnes de tous âges, du bébé à la personne âgée, avec ou sans handicaps. Il peut lui être confié différents mandats : thérapie, rééducation ou prévention. Dans le cadre des thérapies il s’occupe des personnes ayant des difficultés motrices et toniques associées à des composantes émotionnelles ou cognitives, il prend aussi en charge des personnes ayant des difficultés relationnelles, de conscience du corps, d’organisation dans l’espace, le temps et par rapport aux objets. En rééducation le psychomotricien peut être amené à travailler sur les difficultés graphiques d’écriture, des difficultés motrices particulières… Un exemple de travail en prévention sera donné dans un prochain article sur le psychomotricien en crèche.


Comment le psychomotricien s’y prend-t-il : l’usage des médiations

 

Le psychomotricien utilise diverses médiations qui varient en fonction de la population, du mandat et de la sensibilité propre au psychomotricien : musique, danse, théâtre, cirque, dessin, yoga, relaxation... Pour le jeune publique le jeu est une médiation centrale. Il permet de faciliter la relation, il sollicite l’ensemble des domaines de l’être psychomoteur vu plus haut et il s’appuie sur le principe de plaisir qui permet au sujet de se mobiliser et d’ancrer en mémoire les expériences.


Le travail réflexif du psychomotricien


Nous pouvons schématiser l’engagement du psychomotricien par trois axes : l’observation, l’engagement corporel et la réflexion. En effet, à côté de son engagement corporel, le psychomotricien développe un important travail réflexif à partir de ses observations. La réflexion a lieu pendant, en amont et en aval de son travail d’observation. Celle-ci est permanente dans toute intervention. De la réflexion naîtra l’élaboration d’hypothèses de compréhension sur une situation donnée, un sujet en particulier. Ces hypothèses de compréhension lui permettront de proposer des pistes d’interventions nouvelles pour lui et/ou pour une équipe.



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