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Pourquoi les enfants jouent-ils ? OU l’importance du jeu libre pour le développement psychomoteur de l’enfant.

Ce post a été rédigé par Anna BIENFAIT, Psychomotricienne . Publié le 26/11/2020 à 14:24 et mis à jour le 12/04/2021 à 03:21.

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Nous allons ici nous intéresser au jeu libre de l’enfant. Mais qui y a-t-il derrière cette notion?


Le jeu libre est sous-tendu par trois grands principes.


La liberté. En effet, celui qui joue est libre de mener le jeu à sa guise : ce dernier provient entièrement de la volonté du sujet et non d’une obligation ou d’une proposition extérieure (à la différence d’une activité dirigée). A travers son jeu l’enfant fait preuve d’autorégulation, en effet, il choisit quand le
commencer, quand le terminer ; il peut aussi décider d’en commencer un autre, de s’arrêter… L’enfant est maître de son jeu.
La gratuité. Jouer n’est pas utilitaire, s’il l’était, il en perdrait son caractère ludique : dans le jeu les moyens sont plus importants que les fins. C’est un acte sans produit, libéré de toutes attentes et de toutes appréciations de la part d’autrui.
Le plaisir. Il provient de ce sentiment de liberté et de maitrise du sujet.

Jouer : un besoin vital


« Jouer est ce qu’il y a de plus sérieux pour l’enfant. » A. Stern


Le jeu libre n’est pas un luxe, c’est un besoin pour l’enfant. Il est indispensable à la construction du petit d’homme et à son intégration dans la société : c’est le moyen dont disposent les enfants pour comprendre leur environnement et s’y adapter, du mieux qu’ils le peuvent.


« Le jeu c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie. » P. Kergomard


Aujourd’hui, il y a cette idée ancrée que « le jeu ne suffit pas », qu’il est simplement frivole, amusement et même une perte de temps par rapport à des « activités d’apprentissage ». Pourtant il n’existe pas meilleurs dispositifs d’apprentissage : les enfants ne font pas de distinction entre jouer et apprendre dans le jeu libre.


Rôle du jeu dans le développement psychomoteur de l’enfant.


Jouer c’est se découvrir et comprendre son environnement.


Chaque individu vient au monde avec un intense besoin de comprendre son environnement. Cela constitue, selon Greenberg, « l’essence de la curiosité humaine». Or c’est par le jeu que l’enfant peut s’adonner à la découverte du monde dans lequel il se trouve.


Les premiers jeux de l’enfant sont sensorimoteurs, faits de mouvements et de sensorialité. Ces jeux lui permettent de découvrir son corps, d’en déterminer ses contours et ses possibilités. La naissance du jeu commence dès les premiers mois lorsque la motricité devient volontaire ; le bébé agit avec pour seul but le plaisir de se mettre en mouvement, ce sont des jeux de mains, de pieds, de bouche...L’exploration et le jeu libre sont intimement liés et même confondus dans la plupart des cas chez le jeune enfant. Il y a combinaison entre une activité ludique et la découverte du monde.


Petit à petit l’enfant ressent son corps comme unifié, les coordinations motrices s'affinent et permettent à l'enfant d'exercer un certain pouvoir sur son environnement, de percevoir et d'investir l'espace dans toutes ses directions, et d’aller à la conquête du monde qui l’entoure. C’est alors qu’il se lance dans la manipulation des objets lui permettant d’en déterminer les caractéristiques. Cette découverte du monde concerne aussi les personnes. C’est d’abord le corps et le visage de ses parents que l’enfant appréhende puis celui des autres personnes. Vers 8 mois, l'enfant acquiert la position assise, sa motricité fine s’affine alors et cela lui ouvre un nouvel espace de jeu. Vers 1 an, l'acquisition de la marche et l’apparition des premiers mots offrent à l’enfant de nouvelles occasions de jeu par la découverte d’objets de plus en plus variés et par les jeux de manipulation du langage. L’enfant à maintenant un bagage de connaissance de son corps et de son monde sur lequel il va pouvoir s’appuyer pour initier de nouvelles découvertes.


Voici différents types de jeux auxquels s’adonne le jeune enfant. Tous ces jeux peuvent bien sur coexister :

Les jeux moteurs permettent à l’enfant de développer ses compétences en termes de coordination des mouvements, de force musculaire, d’ajustement et d’anticipation. C’est pourquoi l’enfant s’adonne à des jeux comme courir, sauter, poursuivre, se bagarrer…
Les jeux sensoriels trouvent leurs sources dans le besoin d’une exploration tactile, visuelle, gustative, odorante, sonore, vestibulaire (le sens de l’équilibre : sentir les mouvements du corps dans l’espace), proprioceptive (sentir son corps dans une globalité).
Les jeux de construction nous permettent d’exercer nos compétences de création, de manipulation, d’assemblage… Ceux-ci sont aussi bien manuels (le corps comme un outil), qu’intellectuels (notions physiques : poids, forme, taille, ajustement dans l’espace, dans le temps, combinaison avec d’autres
objets…).
Les jeux d’imagination, ou de faire semblant, permettent à l’enfant de mettre en avant ses compétences réflexives et créatives. Il exprime la réalité de l’enfant telle qu’il la perçoit et, surtout, la ressent.
Les jeux sociaux spontanés permettent à l’enfant de coopérer, de développer de l’empathie et de maitriser ses pulsions, entre autres, afin d’avoir un comportement acceptable vis-à-vis de ses paires et plus tard dans la société.


Ces différents jeux libres auxquels s’adonne l’enfant sont des expériences extrêmement riches car il les réalise à son rythme avec son propre rapport au temps et à l’espace et en fonction de ses
besoins du moment.


Lorsque l’enfant explore il engage toute sa corporalité dans cette expérience nouvelle : c’est le sujet dans sa globalité psychomotrice qui est engagé. Jeu et développement sont deux termes intimement liés.

Jouer c’est éprouver un sentiment de maitrise, c’est être créatif, c’est développer des compétences.


Jouer permet à l’enfant d’éprouver un sentiment de maitrise sur son environnement et sur ses actions, de contrôle sur une petite partie de sa vie. Ceci est nécessaire pour que l’enfant puisse sentir qu’il est un sujet à part entière et ainsi s’avancer sur le chemin de l’autonomie, l’enfant étant dépendant de ses parents pour la plupart de ses soins. L’enfant se sent alors capable : le jeu devient source de gratification en développant son estime de lui-même. 


Nous sommes parfois interloqués par l’endurance et la grande concentration des enfants qui jouent. Ils sont plongés dans leur jeu avec une implication et un sérieux impressionnant. Lorsque nous prêtons attention à cette force chez l’enfant, nous ne pouvons qu’avoir confiance en lui. L’endurance, la concentration, l’implication totale, le séreux inconditionnel sont autant de qualités que nous aimerions voir chez l’adulte que va devenir cet enfant. La meilleure façon de voir ces qualités de se déployer est de permettre à l’enfant de jouer librement (A. Stern). Dans la profondeur du jeu les enfants repoussent leurs limites, ils expérimentent toujours plus loin, guidés par la curiosité et l’envie de comprendre le monde.


Le jeu par lui-même signe la créativité de l’enfant, tout en la stimulant. Le désir de jouer est si fort qu’il devient un levier pour les apprentissages naturels de l’enfant.

 

Jouer c’est vivre ses émotions, s’exprimer, être en relation.

Le jeu permet à l’enfant d’apprivoiser ses émotions et ainsi de petit à petit mieux connaitre son monde intérieur. Le jeu est aussi un langage dans l’action, il permet à l’enfant d’exprimer ses sentiments et, notamment, son agressivité : jeter par colère, donner des coups de pieds à une peluche... De plus, en rejouant ce qui lui fait peur cela l’aide à maitriser et à apprivoiser ses angoisses.
Le contact relationnel entre pairs est aussi grandement favorisé par le jeu libre.

 

Jouer c’est expérimenter le plaisir.

Dans le jeu, diverses situations font vivre à l’enfant de la joie : la découverte de la nouveauté, la création, le défi et la réussite… Si le défi est absent du jeu, l’enfant s’ennuie, si le défi est trop grand, il se décourage. Sans plaisir l’enfant n’a pas d’appétence à manipuler son monde, à jouer. Selon A. Stern « chaque petite tempête d’enthousiasme génère une sorte d’auto-dopage cérébral ». Ainsi, plus l’enfant joue, plus il va vivre intérieurement ce sentiment de plaisir, plus son cerveau sera dans des
dispositions adéquates pour se développer.
C’est par ce cercle vertueux que l’enfant a cette grande appétence pour comprendre son environnement. L’enthousiasme que vit l’enfant à travers le jeu est un moteur puissant d’apprentissage.

 


Accompagnement de l’adulte dans le jeu libre de l’enfant.

L’adulte à un rôle fondamental pour soutenir le jeu libre de l’enfant. Tout d’abord, il propose à l’enfant un environnement riche, varié et adapté à celui-ci. Ainsi, l’adulte place à la disposition de l’enfant des objets que celui-ci va investir ou non et comme il le souhaite lui : il est important qu’une grande cuillère en bois puisse devenir une baguette de tambour ou une canne, par exemple, pour permettre à l’enfant de se vivre créatif. Nous devons faire l’effort de quitter un temps nos représentations face à l’utilisation d’un objet pour laisser l’enfant maitre de son jeu. On préfèrera aux jeux élaborés des objets polyvalents n’invitant pas à une action en particulier (un jeu avec un bouton sonore par exemple) mais des objets permettant à l’enfant de développer sa créativité comme des tuiles en bois, des feuilles, des pots, des tissus, des balles…

L’adulte doit aussi, dans la mesure du possible, proposer à l’enfant un environnement dépourvu de stress, ennemi du jeu libre. Il a également un rôle majeur dans l’observation attentive du jeu de l’enfant : cela soutient l’action de celui-ci et lui signale que nous sommes disponibles pour répondre à ses besoins et ainsi intervenir dans son jeu si celui-ci le demande. Plus l’enfant est petit plus il a besoin que l’on manipule avec lui, que l’on nomme, ce qu’il fait, qu’on l’encourage. Cela est nécessaire à l’enfant pour développer sa confiance en lui-même.


Dans cet accompagnement de l’enfant essayons de mettre de côté la considération qui veut qu’un jeu correspond à tel âge. L’enfant joue à ce qui est bon pour lui, là où il en est dans son développement. Cela demande un grand effort de confiance envers l’enfant.
Considérant ce jeu libre majeur, il semble important de permettre aux enfants d’avoir de grandes quantités de temps où rien n’est programmé, du temps où l’enfant est libre de jouer sans pression ni jugements et sans écrans. Ces temps permettent aussi à l’enfant de faire l’expérience de l’ennui et de le surmonter : c’est face au vide que nait la créativité.


Accompagner l’enfant dans ses jeux libres c’est l’accompagner sur le chemin de l’autonomie.

 


Pour conclure


Nous avons vu que le jeu englobe l'être dans sa totalité psychomotrice : les domaines moteur, émotionnel, sensoriel, psychique, cognitif, relationnel y sont particulièrement impliqués. En cela nous voyons l’importance du jeu pour le développement psychomoteur de l’enfant. C’est par le jeu que l’enfant apprend à se connaitre et par lequel il développe sa personnalité. Il joue pour expérimenter et affirmer son autonomie, son individualité. Ainsi, par le jeu l’enfant développe son savoir-faire et son savoir-être, c’est-à-dire l’ensemble des habiletés nécessaires à sa vie futur. D’où la proposition de P. Gray pour que le jeu inspire davantage de respect de la part des adultes, de l’appeler « pratique volontaire de compétences existentielles », néanmoins il rajoute que « cela lui ferait perdre sa légèreté et, par là même, une partie de son efficacité… ».


Enfin, on a tendance à opposer jeu et travail or l'essence même du travail est dans le jeu. C'est par le jeu, qui satisfait sa curiosité, lui procure confiance en soi et plaisir, que l’enfant expérimente les prérequis aux apprentissages cognitifs ultérieurs. Tous les fondements de la compréhension intellectuelle et sociale sont dans le jeu. Il permet à l’enfant de s’entrainer à la résolution de problèmes et ainsi contribue à ses capacités de réflexion, d’analyse de la situation et d’adaptation.

 


Je me suis appuyée, pour l’écriture de cet article, sur les écrits, entre autres, de D. Winnicott (« Jeu et réalité »), A. Stern (« Jouer »), C. Dolto-Tolitch, F. Ferland, P. Gray (« Libre pour apprendre »), S.Marinopoulos, I. Boivin, M. Métra, J. Piaget, A. Antonosvsky et C. Gachet.

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