Pourquoi les enfants devraient marcher pieds nus (et vous aussi?)

Ce post a été rédigé par Charline CACHAT, Fondatrice Wild Child - Infirmière Puéricultrice . Publié le 14/06/2021 à 09:06 et mis à jour le 01/08/2021 à 09:57.

419

« Sentir… Sentir c'est, par le nez, percevoir le monde au-delà de ce que peut atteindre la main. Entendre c'est explorer encore plus loin. Et voir, ah ! voir… c'est, avec les yeux, caresser l'Univers à des milliers de lieues à la ronde. Chaque sens nous dit le monde. Son monde. Et le mélange se fait. Chaque sens repousse les frontières un peu plus loin, faisant l'Univers plus vaste, plus varié et plus riche. Mais, toucher, c'est par là que, très simplement, tout a commencé. » LEBOYER

 

Tout comme les mains; les pieds, cette infime partie de notre corps, renferment une grande quantité de récepteurs nerveux (200 au centimètre carré !), ainsi l'enfant va sentir et ressentir son environnement.

D'après Piaget, le nourrisson jusqu'à 2 ans est un être sensori-moteur (premier stade de développement cognitif) : c'est-à-dire qu'il fait ses apprentissages en vivant son corps en mouvements et sensorialité. Laisser l'enfant en motricité-libre avant la marche, puis en libre exploration à partir de l'acquisition de la marche favorise la proprioception, soit la conscience de son propre corps dans sa globalité.

Les pieds sont les fondations (à l'image de celles d'un édifice) de notre corps, ils soutiennent le poids du squelette, permettent la locomotion et amortissent efficacement les chocs. C'est par leur intermédiaire que l'enfant s'enracine dans le sol (ancrage), se sent soutenu par la "sol-idité" de celui-ci. L'enfant soutenu par la Terre ((re)connexion à la Nature), mère nourricière se sent alors apte à aller de l'avant (Je suis capable de, j'ai confiance en moi, j'apprends l'estime de moi!).

En effet les enfants en crèche sont à un âge où ils apprennent à marcher (la marche définitive est acquise vers 6 ans). Les pieds permettent d'appréhender la consistance et les nivelés du sol, l'enfant doit sans cesse s'adapter au terrain pour accorder son corps dans l'espace, développer son équilibre parfois et son agilité. La rencontre sous leurs pieds de différents matériaux et textures (doux, mou, rugueux, piquant, dur, mouillé..) stimule la sensibilité de la voûte plantaire par la multiplicité des sensations produites et exercées. En marchant pieds nus, le pieds est sollicité dans sa globalité = talon, plante de pieds et pointe de pieds. De plus, cette variété de stimulations favorise l'élaboration du schéma corporel (perception de son corps). Il associera à chaque pas, par le biais des appuis sur le sol, les sensations (agréables ou pas) aux gestes (relation de cause à effet).

 

« Le pied est certainement le lieu du corps qui gagne le plus à rester libre. Il n'est pas de meilleur service à rendre à l'enfant, pour le bon développement de sa voûte plantaire et pour son équilibre à venir, que de le laisser circuler pieds nus dans une pièce. » EPSTEIN et RADIGUET

 

 

Oui mais alors, les chaussures ? Lesquelles et quand, pour vos enfants ?

 

Le pied nu est le meilleur chaussage : on ne chausse les enfants qu’à partir du moment où ils marchent et seulement quand ils en ont besoin. À l'intérieur et à l'extérieur sur les surfaces sans danger, marcher pieds nus développe le pied, le muscle, stimule l'ensemble des articulations et permet de découvrir la sensation des appuis au sol qui font partie intégrante de l’apprentissage de la marche.

Dans les chaussures, les pieds sont comprimés et cela limite les mouvements du pieds: la physiologie naturelle de la marche est entravée. L'enfant va poser uniquement le talon puis la pointe des pieds, la plante n'est que très peu stimulée.

Bien sûr, lorsqu'il est nécessaire de se chausser, favoriser une chaussure la plus souple possible afin de ne pas entraver les mouvements, et non montante afin de ne pas bloquer les articulations de la cheville.

 

 

Marcher pieds nus, en crèche :

« Ces équipements considérés comme de “simples modes de garde” dans les années soixante régis avant tout par les règles d'hygiène et de sécurité, sont devenus dans la décennie suivante, des lieux "d'éveil”, puis de “socialisation” au cours des années quatre-vingt, de “prévention” dix ans plus tard et, aujourd'hui, il est demandé à ces mêmes structures de “soutenir la fonction parentale”, d'accueillir et d'accompagner les parents ! » EPSTEIN

 

Les structures petites enfance ont pendant très longtemps été des lieux aseptisés sous couverts de l'hygiène et du risque zéro à une époque où les épidémies faisaient rage en France. La loi de ROUSSEL (1874) visant à protéger les enfants placés en nourrice, la naissance de la pédiatrie et de la puériculture, l'ordonnance du 2 novembre 1945 instituant la PMI (Protection Maternelle Infantile)… sont autant de faits qui jalonnent la lutte contre la mortalité infantile. A partir de 1945, les crèches sont désormais sous le régime de la pédiatrie. Il y a alors passage de la notion d'assistance parentale à celle de protection médicale de l'enfant. L'accent est désormais mis sur la lutte contre la mortalité et les infections, donc sur l'hygiène ; ce qui est dù à la crainte panique des microbes et des grandes épidémies, qui entraînent certaines incohérences comme le non accès aux crèches des personnes extérieures, dont les parents ! 

Aujourd'hui, ces notions d'hygiène sont encore présentes, mais nous pouvons plus facilement justifier de l'intérêt pour le jeune enfant de ne pas tomber dans la gestion des structures d'accueil petite enfance de manière sur-aseptisées. Les crèches sont des lieux d'accueil et de "prendre soin" (to care) et non des lieux de soins techniques (hospitalier); l'entretien est fait quotidiennement avec beaucoup de rigueur. La notion de liberté exploratoire intérieure/extérieure et qui plus est pieds nus, ne doit pas être entravée sous couvert de l'hygiène, du risque zéro, ou encore de la COVID-19.

Laissons nos enfants vivre en reconnexion avec la nature, et grandir avec ces notions de plaisir et de liberté ! Créons des environnements riches et apprenant leur permettant de vivre pleinement ces découvertes sensorielles pieds nus !

 

Pour une pratique en pleine conscience et sécuritaire :

  • Vérifier la température des éléments où les enfants ont accès (exemple : une terrasse en composite foncée peut très vite chauffer l'été..!)
  • Un bon entretien des extérieurs permettra d'éviter d'avoir des abeilles en train de butiner dans le lieu de libre exploration, afin d'éviter tout risque de piqûres malencontreuses.
  • Et l'hiver ? A l'intérieur en chaussettes ! Cela permet également de solliciter le pieds dans sa globalité.
  • "Il va tomber malade" : pas plus, pas moins ! Les virus sont transmis de plusieurs manières : par contact (au toucher/par les mains : poignées de portes, interrupteurs, jeux/jouets..) / par voie aérienne (par l'air) / par gouttelette (crachats/salive/postillons) => bref, on "n'attrape (pas) froid par les pieds".

 

A vos marques, explorez !

 

 

Commentaires

Les commentaires sont désactivés pour cet article.