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Le temps du change : bien plus qu'un temps d'hygiène, un temps d'expériences sensorimotrices et psychomotrices très riches !

Ce post a été rédigé par Anna, Psychomotricienne . Publié le 08/12/2020 à 19:27 et mis à jour le 12/04/2021 à 04:09.

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Le temps de change est bien plus qu’un temps d’hygiène : c’est un temps d’expériences sensorimotrices (fait de sensations et de mouvements) et psychomotrices (fait de relation, d’émotions et de mouvements) très riches.

Un temps favorisant le mouvement du jeune enfant

Au travers du change, il est important que l’adulte utilise les mouvements naturels de l’enfant et qu’il imprime les mêmes trajets de déplacements que fait ou fera le jeune enfant dans sa motricité libre. En effet, c’est par la répétition des mouvements que l’enfant peut intégrer des schémas moteurs naturels, physiologiques. Ainsi, les temps de change sont des moments privilégiés pour guider l’enfant dans des mouvements ajustés.

De plus, il est important de favoriser le plus possible la participation de l'enfant pour lui permettre d'être actif plutôt que passif : c'est lorsqu'il agit que l'enfant se développe, grandit, apprend, comprend. Lors de chaque geste que réalise l’adulte auprès de l’enfant, il est important de se demander : Que puis-je lui proposer pour qu'il soit actif ? 

Ainsi lorsque l’enfant sait marcher il peut être intéressant de lui proposer le change debout. L’adulte peut aussi lui donner le gant pour qu'il essaye de se laver seul, il peut aussi lui laisser enlever, choisir, prendre et jeter la couche, retirer et mettre les vêtements avec de l’aide… L'ensemble de ces petites actions favorisent le développement de son autonomie. 

Il y a ainsi deux grands organisateurs du mouvement de l'enfant à prendre en considération lors du change.

-  La première mise en forme à proposer à l’enfant est le rassemblement, c’est-à-dire le rapprochement des membres en position fléchis (repliés) vers le centre du corps. Cette posture permet à l’enfant de vivre une détente musculaire agréable tout en le rassurant (rappel de la position in-utéro).

- Le deuxième élément à proposer à l’enfant correspond à l’alternance des mouvements du bas du corps (du bassin) et du haut du corps (épaules, torse). Ainsi, lors du change il est important, dans un premier temps, d’enrouler le bassin en ramenant les jambes pliées sur le ventre de l’enfant tout en croisant un pied sur l’autre, puis dans un deuxième temps de basculer le bassin de droite à gauche pour laver le siège et ajuster la couche. Ici le haut du corps est « immobile » en appui sur la table et le bas du corps en mouvement, ce vécu corporel est très important et organisateur pour l’enfant.

Lorsque le change de la couche est terminé voyons comment rendre l’enfant acteur en lui proposant un mouvement ajusté pour le redressement. Redresser un enfant directement vers soi dans une verticalité n’est pas un mouvement que l’enfant réalise naturellement, il s’appuie sur un côté du corps avec son bras pour revenir en position assise dans un mouvement de spiral.  Ainsi, dès tous petits, autour de 4 mois, nous pouvons proposer un mouvement en spirale au corps de l'enfant et impliquer sa part active pour passer de la posture plat dos à assise. Tout d’abord, poser une main sur la jambe de l'enfant du côté où son regard est tourné. Puis prendre la main opposée à l'appui que vous donnez sur la jambe et amenez le bras et le buste très loin du côté où l'enfant regarde, en le relevant progressivement. Il va pouvoir, petit à petit, s'appuyer sur sa main du côté où son regard est tourné et pousser pour aider à se redresser.

Un temps privilégié permettant d'entretenir le besoin relationnel du tout petit

Le temps de change est un moment de face à face relationnel où l'adulte est entièrement disponible pour l'enfant. C'est pourquoi il est important de ne pas être distrait par un autre enfant ou un autre adulte et de profiter de ce moment d’exclusivité avec l'enfant (nécessaire et pas toujours possible à d'autres moments en crèches). Idéalement, éviter le plus possible de donner un objet à l'enfant au risque de couper la relation. 

La verbalisation prend ici tout son sens, en effet, elle permet une cohérence entre les mouvements et les sensations de l'enfant, elle permet de faire exister l'instant des sensations et de la relation.

Un temps favorable à la connaissance du corps propre de l’enfant

Durant ce temps, l'attention de l'enfant est entièrement portée sur son corps par l'éveil de ses sens.

Le toucher est particulièrement sollicité, passif mais aussi actif : l’enfant se touche les pieds, les jambes, l’entre jambe …  Il est important de lui laisser du temps pour se découvrir.

La proprioception correspond à la sensation des mouvements et des positions des différentes parties du corps entre elles et dans l’espace. Elle est nécessaire dans la construction de la connaissance de soi : sentir son corps dans une globalité. Elle est stimulée par les mouvements passifs imprimés au corps de l’enfant mais de manière encore plus forte lorsque l’enfant et actif dans ses mouvements.

L'ouïe est particulièrement sollicitée, notamment par la verbalisation de ce qui est en train d'être touché, manipulé ce qui met l'enfant dans un bain sonore qu'il peut associer petit à petit à ses sensations. De plus la détente procurée par l’enroulement va souvent permettre au bébé de jouer avec des vocalises : là encore lui laisser le temps d’expérimenter ces sons est très important.

La vue est omniprésente lors du change, outre le fait d’observer les parties de son corps nues, c'est par les yeux de l'autre (regard contenant de l'adulte), que l'enfant peut petit à petit mieux se sentir sujet différencié. 

 

Un temps de stimulations cognitives 

Le jeune enfant va organiser, mémoriser les sensations corporelles stimulées au cours du change. Il perçoit la chronologie de l'action, il peut anticiper et donc se détendre. De plus, il est attentif au vocabulaire employé par l'adulte, ce qui lui permet, entre autres, d'apprendre le nom des parties de son corps et des actions menées par l'adulte. 

Le maître mot : PRENDRE LE TEMPS. Il est important de prendre le temps de faire des petits jeux, de chanter des comptines en lien avec le corps lors du change. Elles permettent, entre autres, une relation de complicité importante pour l'enfant, de faire des apprentissages entre le chant et les parties du corps, de prendre conscience d'un début et d'une fin, d'anticiper et de mettre le corps en mouvement.

 

Pour l’écriture de cet article je me suis appuyée, entre autres, sur les écris de Vanessa Solioz de Pourtalès, psychomotricienne.

 

 

 

 

 

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