En quoi les écrans impactent-ils le développement psychomoteur du jeune enfant ?

Ce post a été rédigé par Anna BIENFAIT, Psychomotricienne . Publié le 01/08/2021 à 09:54 et mis à jour le 17/09/2021 à 13:29.

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Nous allons, au sein de cet article, nous intéresser à l’impact des écrans sur le développement psychomoteur de l’enfant entre 0 et 3 ans. Aujourd’hui les écrans prennent beaucoup de place dans nos vies, en écarter nos jeunes enfants n’est pas mince affaire, c’est pourquoi chacun de nous doit agir en fonction de ce qui lui est possible dans son quotidien.

Lors de ces trois premières années le cerveau de l’enfant se développe avec une grande rapidité au fils des explorations et des interactions. L’enfant doit profiter de cette activité intense du cerveau pour développer un ensemble de compétences dont il a besoin pour grandir, s’épanouir.


Le temps passé devant l’écran est un temps que l’enfant ne prend pas pour explorer (jouer) et pour être en relation avec autrui : ces deux points sont pourtant le socle de son développement. Nous avons déjà constaté, dans un article précédent, en quoi le jeu libre, l’exploration de son monde et de lui-même, sont fondamentaux dans la construction de l’enfant, tout comme les liens relationnels.

Devant un écran, l’enfant est dans une posture statique. Il n’a aucun impact sur les informations sensorielles : celles-ci sont pauvres et il les reçoit passivement.  Or l’enfant apprend par le mouvement, par l’expérimentation, la manipulation. De plus, sans mouvements l’enfant n’a que peu accès à ses sensations internes. Il peine alors à se connaitre et à connaitre son environnement. Comme il n’agit pas sur celui-ci, il a également du mal à intégrer la relation de cause à effet. Face à son écran l’enfant est coupé du monde extérieur, il est comme dans une bulle, hypnotisé par l’écran.

Fixant l’écran, il est captivé par le son et les images. Deux sens prédominent alors dans l’expérience de l’enfant : la vue et l’audition. Or, expérimenter la multi-sensorialité, ce qui est primordiale pour son développement, nécessite que le corps soit en prise directe avec le monde concret. La multi-sensorialité permet à l’enfant d’expérimenter une diversité de sens dans un même temps. Elle permet une liaison entre ces derniers, amenant l’enfant à ressentir une certaine cohérence sur laquelle il va pouvoir s’appuyer pour se développer. Ainsi, un enfant qui court stimule le sens visuel (regarder où je vais, appréhender les obstacles…), entend ses pas sur le sol, sent son corps en mouvement (proprioception), sent ses pieds fouler le sol et l’air caresser sa peau (le toucher), sent le déséquilibre que crée ce déplacement et la vitesse à laquelle il court (le vestibulaire). Devant l’écran seulement deux sens sont sollicités et sans être liés par le mouvement. Ainsi, l’enfant devant l’écran est placé dans une position de sous-stimulation qui va fortement impact son développement psychomoteur.


Impact sur la motricité

Pour être dans une dynamique d’investissement de son corps, l’enfant a besoin d’être en mouvement, faute de quoi il a du mal à se le représenter. Lorsqu’un enfant est exposé aux écrans il se trouve face à un cercle vicieux : sans connaissance du plaisir que peut procurer le mouvement (pauvreté des expériences) l’enfant ne peut développer des capacités en motricité globales, il n’investit que peu son corps et préfère continuer à être passif devant l’écran car cela le rassure (perte de l’audace nécessaire à la conquête du son monde) et ainsi de suite...

Ainsi, les enfants fortement exposés aux écrans sont moins à l’aise dans leur corps, l’investisse moins, connaissent moins leurs limites et possibilités, les actions motrices sont moins précises et moins diversifiées. Ces enfants ont alors des difficultés à se situer dans l’espace et dans le temps (le corps n’est pas un repère). Or, pour donner quelques exemples, c’est grâce à cette intégration du corps dans l’espace que l’enfant va pouvoir petit à petit devenir autonome dans son habillage, qu’il pourra se positionner adéquatement pour écrire, dessiner…

L’exposition aux écrans impacte aussi grandement le développement de la motricité fine. En effet, il entraine une diminution du temps exploratoire et amène à une pauvreté du mouvement. Sur les écrans tactiles les enfants utilisent les mêmes mouvements de manière répétitive (tenir d’une main et frotter de l’autre) ce qui appauvrit grandement leur répertoire moteur impactant pour exemple les taches fines de la vie quotidienne comme tenir sa cuillère, tenir un crayon, enfiler une perle, faire un lacet...

Impact sur le développement cognitif

De nombreux tests ont été réalisés pour évaluer le développement cognitif des enfants exposés aux écrans, il en ressort que ces enfants ont plus de difficultés notamment au niveau du vocabulaire, plus pauvre, et de la lecture. De nombreuses études montrent aussi la corrélation entre différents troubles et l’exposition aux écrans : difficultés d’attention, de concentration, une hyperactivité et des troubles du comportement.

De plus, les écrans coupent de la réalité. Il est alors dur pour l’enfant de se construire en faisant la part entre le réel et l’imaginaire. Cela impacte son rapport au monde et aux autres.




Impact sur la gestion des émotions

Face aux écrans l’enfant ne comprend pas toujours ce qu’il se passe : les images défilent très vite, le plaçant dans un état d’incompréhension et d’excitation interne ne trouvant pas de sens à ce qu’il voit (encore trop petit pour comprendre). Ainsi, la tension interne augmente progressivement. La crise, au moment d’éteindre l’écran, est souvent la manifestation de cette surcharge émotionnelle.

De plus, devant l’écran l’enfant est seul avec ses émotions parfois imperceptibles par l’adule. Il n’y a aucun étayage et accompagnement de ce dernier ce qui laisse l’enfant seul avec ses affects. Or un enfant entre 0 et 3 ans a grandement besoin d’être accompagné dans la gestion de ses émotions. Ainsi, l’enfant n’apprend pas à réguler ses émotions par le contact rassurant de l’adulte ; il peut alors développer des comportements agressifs, avoir des difficultés à se calmer seul lorsqu’il grandit ou devenir passif devant ses propres émotions et éprouver un certain détachement.


Impact sur la relation à l’autre

L’écran vient interférer dans la relation à l’autre car il prend toute la place, mettant enfant et adulte dans leur bulle. Il vient, de plus, souvent en renfort de l’adulte qui souhaitent ne pas être dérangé, ce qui est par moment tout à fait compréhensible. Mais là est le danger, en effet l’enfant apprend à parler, à être en interactions, à comprendre ses émotions… dans la relation à l’autre, ce lien est central dans le développement psychomoteur de l’enfant. C’est aussi grâce à ce lien relationnel que l’enfant peut explorer librement : sans sécurité affective l’enfant ne peut découvrir son monde. Or les écrans réduisent en quantité et en qualité les interactions enfants-adultes.

De plus, l’enfant est placé dans des situations d’incohérence pour son âge : un personnage peut sourire sur l’écran, l’enfant peut manifester lui aussi un sourire mais il n’aura pas de réponse…

Quant au langage l’écran n’apporte pas d’enrichissement du vocabulaire : c’est grâce à l’émotion dans le lien à l’autre que l’enfant peu mémoriser, intégrer et généraliser le langage aux situations de vie (à la différence du langage plaqué). Devant l’écran l’enfant entend moins de mots que dans le lien avec l’autre et s’exprime moins en retour.

Le manque d’interaction vient impacter aussi les habiletés sociales, c’est-à-dire l’ensemble des codes et manières de se comporter avec les autres.


  • De nombreuses études s’accordent pour affirmer qu’avant trois ans les enfants ne devraient pas être exposé aux écrans (voir la règle des "3-6-9-12" de Serge Tisseron). Mais il est à noter que dépassé trois ans moins l’enfant passe de temps devant les écrans mieux il se portera. Ainsi, pour penser l’exposition aux écrans de nos enfants nous devons aussi repenser notre utilisation. En effet, l’enfant est un grand imitateur de l’adulte. S’il voit son parent en permanence sur le téléphone, la tablette, la télé ou l’ordinateur il est normal qu’il ait envie de découvrir cet objet tant fascinant pour ses parents. Ainsi, l’adulte devrait, dans la mesure du possible, utiliser les écrans en dehors des temps de présence avec l’enfant. Il faut savoir qu’une fois les habitudes prises au sein de la dynamique familiale il est beaucoup plus dur de revenir en arrière.

Il est d’autant plus dur d’éloigner nos jeunes enfants des écrans que de nombreux programmes vendent leurs bienfaits pédagogiques pour les apprentissages. Ce qui, au regard de ce que nous venons de voir, n’est que commercial.


« Un peu de télé en moins, c’est beaucoup de vie en plus » Michel DESMURGET




Je me suis appuyée, entre autre sur les écris Serge Tisseron, de Dorothée Bancheton,  de Céline Déluzarche, de Marie-Anne Sergerie, de Waroquier Céline et de Monique Busquet.

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