Les jours sans

« Dis moi comment est ta peau, je te dirais ce que tu ressens. »

Si comme moi, vous faites partie des ces chanceuses dont l’épiderme porte les marques de chaque variation d’humeur, pas besoin de vous faire un dessin. Pour les autres, et bien, fermez les yeux, visualisez un caméléon angoissé lâché dans une boutique de papier peint (oui je raconte n’importe quoi) et vous ne serez pas trop loin de la vérité.

Le jour sans est différent selon le modus operandi de votre peau en cas de crise: elles ne sont pas toutes relous de la même manière et il est fascinant de constater les trésors d’imagination dont fait preuve la nature lorsqu’il s’agit d’inventer des affections bizarres.

Un « jour sans » classique dans ma peau ça tire, c’est rouge, ça cartonne, ça sèche et luit en même temps, ça fait des boutons, ça ne supporte rien. En gros, ça tape du pied en disant merde, et comme un enfant qui fait un caprice, c’est incalmable.

Coucou, je suis pas là.

Non, personne n’est en danger. On peut (évidement) relativiser. Sauf que. La peau c’est l’enveloppe qu’on présente au monde. C’est la barrière qui dit des choses de nous avant que l’on n’ait eu le temps de montrer à quel point on est drôle et censé, tout en étant super pointu en géopolitique.

Tous les êtres humains que j’ai rencontré qui étaient touchés par un problème de peau avaient beaucoup de choses à en dire en général et allait souvent plus loin qu’un banal « Je me sens moche« .

Dans leur discours il y avait toujours quelque chose de l’ordre d’une blessure, d’un souvenir; et puis il y avait encore le « pourquoi ça vient« , « comment je fais pour endiguer la crise« , « comment je me supporte comme ça« . Car oui, l’eczéma, la peau réactive, l’acné, et j’arrête de donner des noms car je ne suis pas dermato, ça masque, ça cache, ça change ce que l’on est.

C’est toujours la veille d’un truc important. C’est toujours quand on est fatigués et qu’on a juste pas le courage de chercher la solution pour se maquiller. C’est toujours quand on a besoin de se sentir en confiance.

C’est grave et c’est pas grave. Ça met en perspective des choses en nous. Je me souviens très bien de ma première crise. Ma tête allait bien. Mon corps m’a envoyé des signaux qui sont passés par le visage. En quelque sorte, il a fallut que les autres soient au courant avant moi.

Il y a aussi les réactions purement physiologiques à certains produits; pour certain(e)s c’est un peu la loterie. « Ce produit que j’utilise depuis un an va-t-il se mettre à me défigurer de manière totalement impromptue la veille d’un entretien d’embauche?« , « Ce produit, qualifié de 100% fiable pour les peaux sensible par les internautes de la terre entière va-t-il me brûler la peau au 2 ième degré?« 

Alors oui, il faut réussir à se décentrer, à penser qu’on a les deux pieds sur terre et que pour nous c’est globalement cool, comparé à à peu près la totalité des gens sur cette planète qui se galèrent férocement.

Mais. Ça fait quand même un peu de bien de se plaindre.

Bisettes.

 

 

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