Le clip de November Rain expliqué aux enfants

 

C’est en observant mon frère cadet, une nuit de 2003, regarder la rediffusion d’un concert d’Iron Maiden, que j’ai compris que certaines choses ne se transmettent (heureusement?) pas.

Les bras ballants, la mine circonspecte, il assistait au petit manège de Bruce Dickinson, moulé dans son slim en cuir, avec l’air d’un néophyte qui assiste à son premier spectacle de danse contemporaine.

Il devait vaguement se douter que les groupes très bruyants à masques de clowns qu’il écoutait alors devait quelque chose à cette branche étrange de la musique que l’on nomme le Heavy Metal, mais rien ne l’avait préparé à l’épouvantail à voix de crécelle qui allait et venait sur scène en brandissant un drapeau géant de l’Angleterre.

Je m’interroge. Il est fort probable qu’un jour ma fille, lève des yeux pleins de « Pourquoi? » lorsque je la forcerai à écouter les Pixies très fort, le dimanche matin*.

J’oublierai qu’à douze ans pile, je soupirais de désespoir dans la voiture familiale, forcée d’écouter les Clash ou les Bérus, en attendant que ce soit mon tour de mettre une cassette dans l’autoradio. J’ai une pensée émue pour mes parents, qui après Withney Houston et les NKOTB, on dû écouter Use your illusion bien plus souvent qu’ils ne l’ont jamais souhaité.

Une époque bénie, où je n’avais pas encore conscience qu’il existe de la musique de merde et que mes parents écoutaient des putains de bons groupes.

En 1992, le clip de November Rain sort. Je le visionne un million de fois. Avant de découvrir Nirvana, de cacher mes Cds des Guns et de ne plus les écouter pendant presque vingt ans.

* fin de la trop longue introduction*

PÉDAGOGIE

Comment faire, si un jour, votre enfant, au hasard de ses pérégrinations sur Internet, vous interroge sur cette vidéo en vous regardant d’un air accusateur? (Oui, c’est un peu de votre faute, vous avez participé à cela ou du moins, vous y avez assisté.)

 Voici quelques outils à mettre à leur disposition, pour tenter de comprendre:

Petit un

 

La première chose à savoir, les enfants, c’est qu’en ce temps là, on pouvait être chanteur de Hard FM, prendre des anxiolytiques au petit déjeuner avec du whisky ET avoir un lit à colonnes, des voilages dignes de David Hamilton et un brushing très, très lisse.

Il était également possible de prôner le régime médicaments/alcool très explicitement à la télévision, car le délire message to the kids n’était pas encore en vogue, pas plus que le coaching sportif de stars.

Le titre de la chanson était incrusté en typo moche, pour signifier qu’on était pas vraiment là pour rigoler.

Petit deux

La deuxième chose a bien avoir en tête, c’est que personne ne craignait le premier degré. PERSONNE. Pour illustrer une chanson d’amour, on se mettait au piano, madame, et le décor passait d’une église à un paysage désertique en un fondu habile et accordé à votre couleur de cheveux.

Petit trois

Un point épineux. La tenue. Vous vous demandez probablement : le combo manteau officier /lunettes de professeur d’allemand/ bandana de chicano était-il rock’n’rollement crédible? La réponse est oui. Notez, que derrière Axl Rose (oui, c’était bien son nom de scène), le guitariste Izzy Stradlin [EDIT: on me dit dans l’oreillette que le guitariste c’est Gilby Clarke. Merci Cha.] arbore fièrement une chemise à fleurs.

(Et vous n’avez encore rien vu.)

Petit quatre

 

Je disais: la tenue. Si on réalisait des vidéoclips de 9 minutes et 8 secondes, c’était pour envoyer du lourd. Mariage, mort, trahison, en toute simplicité. On ne se mariait pas avec la première stripteaseuse venue, mais avec un des plus grands top model de la planète et elle portait une robe excessivement classe.

Attention, voici la tenue du  marié
axl

Axl Rose, chanteur de Hard Rock

Oui, j’en conviens c’est extrêmement perturbant. Mais sachez que nous sommes ici du côté apprêté des années 90.

Car lorsque la rock star n’était pas sur son trente-et-un, c’était plus problématique pour aller faire ses courses chez Intermarché.

Guns 'n Roses - Duff McKagan and Axl Rose -  at sound check rehearsing for their headlinging performance at the Rock In Rio II festival at the Maracana Stadium, Rio de Janeiro, Brazil - 13 Jan 1991.

Petit cinq

« Mais qu’est-ce que je fous là? »

Lorsqu’on était Stéphanie Seymour, on se mariait avec Axl Rose, c’était écrit dans les étoiles. Le fait qu’il soit violent et abusif, c’était aussi écrit, mais dans le contrat de mariage, en tout petit, en note de bas de page. On mariait une rocke stare, heing.

Petit six


Avant de se marier, on allait dans des bars de routiers pour fumer des clopes et se déchirer la tête. On FUMAIT FUMAIT FUMAIT à la télévision, en crachant la fumée dans la tête du chef opérateur et en faisant rêver la moitié des adolescents de la planète à de longues soirées Marlboro rouge/vodka/futal en cuir.

Sainement.

Petit sept

Le roulage de pelle en bonne et due forme était autorisé, partout, tout le temps. Ici, un exemple de la pratique devant le prêtre, sous vos applaudissements.

 

Petit huit

Le genre du guitariste solitaire n’était pas encore hasbeen et permettait à celui-ci de quitter les cérémonies avec classe, pour aller faire un petit solo dans le désert.

Et là, je vous arrête les enfants, il est formellement interdit de se moquer. Qui, je dis bien qui, est capable de nos jours de porter des cuissardes en cuir et un perfecto torse nu tout en restant incroyablement désabusé et attirant? QUI?

Petit neuf

Dernier point vestimentaire: le port de la veste lamée sur chemise à jabot et jean neige n’était pas cautionné par grand monde. Juste pour information.

EN même temps… CLIC

Petit dix

On ne craignait pas les métaphores. Si on se mariait bien gentiment à l’église comme de bons américains élevés au grain, on était quand même des stars de Hard rock et il fallait que le choses dérapassent un peu.

Le ciel s’assombrissant au-dessus de la tête des convives nous poussait à craindre quelque évènement funeste. Devant la pluie qui dévastait le jardin fleuri nous nous tordions les phalanges. Le débile mental qui se jetait sur la pièce montée pour se protéger de l’orage nous donnait à comprendre que les choses allaient vraiment mal finir.

Petit onze

Effectivement. Dans les vidéoclips d’antan, l’amoureuse du chanteur vedette MOURRAIT. Foin de parodie, de clin d’œil à Star Wars, d’animation en Lego ou de message politico/tiers-mondiste. C’était du sérieux dude. L’amour, tout ça. It hurts.

Petit douze

Et donc. On se rendait encore une fois à l’église (la mariage, la mort, le cycle de la vie, you know what I mean) MAIS avec une croix inversée sur le plastron, car il s’agissait de garder un peu de crédibilité démoniaque.

Petit treize

Forcément, la fin était tourmentée, la rock star, lessivée. Elle avait le droit de pleurer sous la pluie au dessus de la tombe de sa femme et de chouiner dans des draps en lin blanc.

Voilà. Enjoy!

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