Devenir bienveillant

Ne fuyez pas. Revenez.

Ceci n’est pas une énième réflexion sur le bonheur, saupoudrée de self improvement. Déjà, parce que je crois, je suis sûre, que la quête du bonheur est une mauvaise piste.

En plus, parce que je suis nulle en « moi , mais en mieux ».

Je suis cynique.

Mais genre, à la limite de l’indécrottable (oui ce mot est moche). C’est un peu ma croix, ma croix en carton, mais quand même, puisque les références judéo chrétiennes ont la côte en ce moment.

Princess bride : « La vie est dure, votre altesse : quiconque vous dira le contraire essaie de vous vendre quelque chose. »

J’ai longtemps fait de cet aspect de ma personnalité, totalement acquis, pas du tout inné, on y reviendra, une sorte de fierté douteuse, un châle dans lequel me draper avec panache, du haut de mon mètre douze.

Être cynique, ça a été ma barrière contre le monde, mon critère de sélection, ma jauge, pour à peu près tout.

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« Cette existence, cette planète maudite, ce milliard de personnes, griffant et hurlant pour accéder à un petit moment de bonheur, sont temporaires. Tout est temporaire, tout se termine toujours. Passe le mot. » via Tumblr

Ça a commencé tôt, parce que, comme plein d’enfants, j’ai vite souffert. Vite, et beaucoup. J’ai compris qu’il fallait me distancer. Rire de tout, ou rire de rien. J’ai vite assimilé que les adultes étaient aussi paumés que nous, que les choses n’allaient pas être faciles, faciles, mais plutôt reloues avec option sympatoche tous les 14 du mois.

J’ai donc porté un regard pas trop détendu sur le monde dès le plus jeune âge. Lentement, parce que j’aimais quand même les copains, la vie, la rigolade, j’ai réussi à manager cette certitude que l’Apocalypse n’était jamais bien loin en maniant toutes sortes d’outils hyper pratiques pour les angoissés chroniques : ironie, sarcasme, humour noir, bref le bon vieux kit spécial tristoune qui veut faire le malin.

Evidement, je me suis acoquinée avec des gens comme moi, souvent blessés, avec la fâcheuse manie de réfléchir à tort à travers: l’adolescence, la vie de jeune adulte a passé, principalement à parler de politique et aller à des concerts pourris dans des squats, sans toucher une goutte d’alcool, tandis que les gens de notre âge sortaient en boîte.

SatireDaria

Daria : « Le club du sarcasme. Comme si on avait besoin de toi.« 

Ce qui nous liait c’était cette certitude d’avoir compris quelque chose, d’avoir touché le cœur d’une vérité enfouie que la jeunesse de France ne pouvait pas entrevoir : c’était la merde.

Péché d’orgueil, péché d’inconscience .

J’ai fait philo à la fac, ce que ne m’a aidé à m’améliorer, niveau relaxation.

J’ai bien-sûr dévoré les Cyniques, pensé entendre quelque chose à la réalité. Pfff.

J’ai fini la fac, commencé à bosser, passé moins de temps à des concerts de punk. Je ne me suis pas départie de mon cynisme. J’en étais toujours pas mal fière. Pas mal contente. Ca faisait sélection. J’avais une aversion réelle pour le pathos, ce que j’appelais « les bons sentiments », les trucs simples. Il fallait sans cesse creuser la fosse, entre moi/les miens, et « le monde ».

Doucement, j’ai réalisé que je ne parlais strictement jamais au premier degré. Cette tendance à toujours me moquer de moi-même, des gens, des choses, était devenu la norme. En ouvrant les yeux, j’ai compris que cette faculté à tout relativiser perdait les « autres », ceux qui ne m’étaient pas proches. Souvent décontenancés ils ne savaient jamais trop sur quel pied danser. Je ne les laissait pas entrer, jamais. Jalouse de mon crew, sûre d’être complète, j’ai consciencieusement claqué la porte à des gens sympas, par pure vanité. Inconsciente, hein.

April : « Non, je n’ai pas gagné. Mais au moins, je ne me suis pas fait de nouveaux amis. »

Par extension, mon regard était scrutateur, méprisant, prompt à juger.

(Ne vous méprenez pas. Je suis un Chamallow cœur de fraise liquide avec une grande gueule comme il en existe des centaines de milliers ; je n’ai jamais jeté la première pierre, ni la deuxième, à quiconque. On parle bien de débats internes, d’attitudes larvées, de Mordor intérieur.)

Et puis, j’ai rencontré des gens, des gens qui juste en existant m’ont appris des choses ; j’ai aussi cessé de fréquenter des personnes bien toxiques, du genre qui vous exacerbent la négativité (on en reparlera de cette engeance)

Il y a eu les inévitables morts (vous voyez, je ne peux pas m’en empêcher), de celles qui vous crèvent le cœur puissance dix mille, les innombrables naissances, le burn out, la maternité.

D’un coup, je n’ai plus eu envie de rigoler, enfin, plus comme ça.

J’ai eu envie de lâcher, d’être juste bienveillante avec moi, par survie, et avec les autres, parce que j‘étais descendue de mon piédestal en forme de marchepied Ikea, pour constater que le fait que tout le monde en chie (ce que je savais déjà) nous alignait devant l’éternel (avec un petit « e » parce que je ne suis sûre de rien).

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« Soyez curieux, ne jugez pas. »

Cette pudeur, car s’en est une, m’apparait aujourd’hui  comme une forme élaborée d’auto maltraitance ; se moquer de soi-même (je dirais même, automatiquement se moquer de soi-même ; je pratique ça comme un sport) est une façon de ne jamais se mettre en avant, de ne jamais ne se prendre au sérieux, de toujours, d’une certaine manière, s’excuser d’être là. C’est aussi une forme de mépris, lorsqu’elle est tournée vers les autres : c’est ne pas se mettre au même niveau que ses semblables et, surtout, ne rien leur donner, rien échanger.

Okay, d’accord. Pas de psycho de derrière le comptoir de Plus Belle La vie : on vieillit, on devient indulgent c’est tout.

Mais cette bienveillance a tout changé : elle n’est que dans mon regard sur les choses, mais elle me porte. Parce qu’elle me permet aussi de voir mieux. Moins loin, peut être, mais on s’en fout, je ne vais pas réécrire l’Ethique de Spinoza, juste essayer d’être un peu moins bête.

Attention, définition Wikipédia, sous vos yeux ébahis :  » la bienveillance est la disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui« .

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On notera bien le terme de volonté, parce qu’en vrai, attention c’est l’affreuse cynique qui parle, dans nos têtes on a plutôt toujours tendance à être des gros jaloux, des gros juges, des petits mesquins de derrière les fagots. Ça n’a aucune importance vous me direz, parce que ce qui compte c’est bien ce que l’on fait (et je suis bien d’accord avec vous et je fais les questions et les réponses aussi). Mais en vrai, la société entière se base allègrement sur cette malveillance innée qui sous-tend nos êtres fragiles et je dois avouer qu’en ce moment, c’est un peu la fête à la moquerie, au bon mot, à la compèt’ tous azimuts. Foin de charité chrétienne ici, juste l’envie que nos regards, les uns sur les autres, change. Du coup, comme on est jamais aussi bien servi que par soi-même, je commence par moi.

J’ai bien envie que tout le monde s’en sorte, et pas seulement les gens dans la merde. C’est un projet qui pourrait fonctionner. Pour ça, comme on attrape les mouches avec du vinaigre, c’est pas mal d’être content pour les autres, ou à défaut, quand on est mal lunés, d’avoir juste pas envie de les voir galérer.

Évidement, ce n’est pas à la mode.

J’ai rejoint le camps de ces êtres misérables qui surlikent les photos de bébés, applaudissent à la vue de votre score à la course, s’enthousiasment lors votre 72ème reconversion professionnelle et ne rient pas jaune lorsque vous lui annoncez que vous êtes devenu bouddhiste. Entre autres.

Mais pas toujours 🙂

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Niles, notre maître à tous : « Niles, ce steak est un peu dur. » / « Ainsi va la vie, et ensuite, on meurt. »

La prochaine fois, je vous parlerai de la tristesse et je vous laisse sur une chanson qui me brise le coeur. Bisou. 

4 Comments

  • dessons dit :

    Bravo et merci. C’est sincère ça vient du Coeur, par ce que c’est juste, bien senti, très drôle aussi et pas ironique pour un sous. Bises bienveillantes.

  • Mouvements aberrants dit :

    Owww, (je fais ma tête de chat potte là)

    Je comprends mieux pourquoi tu tires une tronche de 14 mètres de long sur tes photos —>

    Je te taquine.

    Ton texte m’a fait pensé à une citation d’Alain :

    « On nommerait trop vite égoïste l’homme sensible qui cherche la solitude par précaution contre les messages humains, il n’est pas d’un cœur sec de supporter difficilement l’inquiétude, la tristesse, la souffrance peintes sur un visage ami. »

    In Propos sur le bonheur.

    Personnellement, je suis quelqu’un de très nostalgique – de quoi, ne me demande pas – cet attrait des humains pour le bonheur m’a toujours intrigué je dois dire. Mon mari dit je suis un peu sauvage : je suis incapable de discuter météo avec quelqu’un sans que le vide de cette conversation ne me donne le vertige.

    Déjà que le concept de bonheur m’est fort étranger alors que dire de sa définition contemporaine ?
    Je fuis littéralement le rayon de développement personnel des librairies. Tous ces livres pour améliorer sa vie clef en main ventant de manière indirecte ou pas l’idéologie libérale, ça me met au bout du rouleau.

    Spinoza est une très bonne référence pour retrouver une certaine paix intérieure. Il a d’ailleurs énormément influencé les thérapies comportementales !

    Tout ça pour dire, que de toute façon vivre c’est être en crise. Et une fois qu’on a compris ça, on vit les choses bien plus calmement et avec plus d’indulgence envers soi et surtout bye bye la culpabilité.

    Des bisous.

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