Ce bébé qui ne vient pas

Disclaimer

Je ne demande pas de conseil sur le fait d’avoir des enfants, de validation sur le fait d’avoir ou non des enfants, d’opinion concernant le fait de faire des enfants. Certains jugent ça indispensable, irresponsable, d’autres aliénant, ou encore stupide. Chaque conviction personnelle est valable, tant que chacun fait ce qu’il désire. Je comprends tout à fait les copines qui ne veulent pas enfants. Je comprends celles qui allaitent, qui n’allaitent pas, qui adoptent ou pas. Ma démarche n’a pas besoin d’être validée, elle m’appartient. Je ne demande pas non plus de conseils médicaux, je le dis sans animosité ni mépris, juste, cette question là est traitée dans ma vraie vie, évidemment. J’ai déjà un enfant et je sais que je ne pourrais pas comparer ma douleur à celle de ceux qui essaient d’en avoir un premier (et je leur fais un énorme câlin virtuel et interstellaire).

Trois ans. Trois ans quand je reviens sur mes pas, c’est long. Trois ans d’une vie entre (petites) parenthèses, moi qui me targue d’être indépendante et pleine de passions. Trois ans à surveiller, compter, analyser, pisser sur des bâtonnets. Je ne réussirais pas à décrire le degré de fatigue mentale dans lequel je me trouve. Je pense que celles qui essaient d’avoir un enfant sans y parvenir le comprennent et que les autres le perçoivent.

Le désir d’enfant

Le désir d’enfant est un truc chelou mais puissant. Je ne me fatiguerai pas à décortiquer le pourquoi du comment, ni les déterminismes, névroses qui nous poussent à faire cette démarche de reproduction de soi, que d’aucuns qualifient d’insensée, mais la vérité c’est que c’est difficile à juguler.

Évidemment, le désir d’enfant est déterminé par des codes, par des lois séculaires non écrites, par des reproductions familiales, sociales, construites, je dirais comme pour TOUT ce qui concerne la société humaine. On peut déblatérer pendant des heures sur le sujet de l’inné et l’acquis, de ce qu’on a mis dans la tête des femmes, de ce que représente la famille sur le plan politique et idéologique. Quelque soit son explication, il existe, il est là. Il ne peut être nié. C’est un vaste sujet. Complexe, sociétal.

Mais intime aussi. 

Chacun a sa propre histoire : chez moi il y a un tas de raisons plus ou moins objectives, plus ou moins explicables dans ce désir de deuxième enfant. Chaque fois que j’y pense, je pleure. Chaque fois que je me dis que ça ne marchera jamais, je pleure. Ça résonne de plein de façons intimes, ça joue sur plein de tableaux. On peut interroger ça à tous les niveaux, la douleur reste la même.

Je pense, du petit bout de ma lorgnette, que chaque désir d’enfant est indépendant de l’autre. Le fait d’avoir déjà eu ma fille ne me soigne pas, et la douleur est vive, pas atténuée pour un sou. Je lis parfois des témoignages de mères qui veulent un quatrième enfant (gloire à elles, respect) et dont l’infertilité est aussi problématique que pour moi. Je pense à celles (et ceux) qui ne réussissent pas à avoir de premier enfant et je pleure parce que je comprends vraiment maintenant, enfin, plus profondément, et que je sais que c’est juste insupportable (pour eux). Je suis reconnaissante, pas ingrate. Je sais que j’ai de la chance.

Une copine m’a dit un jour « Avoir un enfant, c’est faire la plus belle rencontre de ta vie. » Je sais évidement que ce n’est pas valable pour tout le monde, que certain.e.s vont trouver cette phrase insupportable de niaiserie, mais pour moi, ça marche. J’ai fait une rencontre bouleversante et formidable en ayant un enfant. 

L’infertilité, un monde caché

J’ai eu ma fille à 29 ans. Je suis tombée enceinte en trois mois. Je ne me suis littéralement jamais posé de questions sur ma fertilité. Jamais. J’ai vécu ma vie, j’ai mis l’idée d’avoir un deuxième enfant entre parenthèses parce que … la vie, quoi.

Près de 10 ans plus tard, je suis entrée dans le monde de l’infertilité. On appelle ça de l’infertilité secondaire chez moi. Je suis sur la pas de la porte, parce que je n’ai pas vraiment voulu mettre entièrement mon corps dans la machine médicale. Elle me terrifie.

C’est un monde foisonnant que celui de l’infertilité, mais un monde caché. Le nombre de forums, de blogs qui tiennent le journal des étapes de processus divers (essais, PMA etc) est exponentiel.

En me trouvant face à ce problème j’ai réalisé à quel point il est tabou, à quel point je me sentais invalidée, impuissante, presque honteuse. 

Du coup, de manière tacite, on en parle peu ou pas. Si on est comme moi, qu’on dit les choses, on provoque des réactions gênées et souvent des petits phrases maladroites : « Tu as déjà un enfant, ça va. », « Tu es trop stressée. » (celle là c’est ma préférée parce que ça renvoie vraiment à une double faute : la machine ne fonctionne pas, mais en plus c’est de ta faute parce que tu bosses trop, parce que tu es dépressive, parce que tu es anxieuse ou que sais-je. Salade-tomate-oignons).

Tout le monde a un avis, tout le monde a une histoire (« Ma copine est partie vivre au Guatemala et elle est tombée enceinte alors qu’elle essayait depuis 8 ans – Ma mère est tombée enceinte à 48 ans – Ma soeur a mangé de la raiponce pendant 7 mois et ça a marché. »  You name it.)

Rares sont les gens qui disent juste « Je suis désolé.e », « Je t’écoute » ou « Quelle est la suite? ».

Parce que c’est dur de faire face à ce qui ne fonctionne pas. C’est dur, ça renvoie peut-être les gens à des choses intimes. C’est pas grave, juste symptomatique.

Et parallèlement à ça, on découvre aussi que quelqu’un qu’on connait depuis 10 ans a eu recourt à la PMA. 

On se refile des adresses de spécialistes sous le manteau. Jamais on pleure. Jamais on dit qu’on est dévastés. C’est vraiment toujours pareil. Il faut faire bonne figure, être dans la performance. Je pense que parmi tous les aspects de ce « tabou », il y a le poids énorme du sentiment d’invalidation (« je ne peux pas être mère») et cette idée moderne de la performance, de réussir  tout, tout le temps. Le sentiment d’échec, complètement régulier (tous les mois) est difficile à ne pas ressentir. Un poids que porte majoritairement les femmes (sans déc’), mais aussi les hommes qui se mettent la pression. Cette question moderne de la performance, alliée à celle, plus profonde, de l’intime, couplée avec la réalité hormonale, rend les choses compliquées. Chaque mois est un séisme, hormonal et psychique, qui dévaste tout sur son passage.

On essaie tout (le yoga, les compléments alimentaires, d’arrêter d’y penser, de prendre sa température, de traquer son cycle sur des applis, de faire pipis sur des bâtonnets de toute sorte, je ne peux pas faire la liste elle trop longue) et cela crée une chape de plomb, un fardeau énorme, une attention de tous les instants qui ronge, obsède, et nous transforme en machine à calculer (les jours, les heures, les fenêtres d’ovulation). On piste les symptômes prémenstruels, on essaie d’y croire jusqu’à la dernière minute. Bref, on ne respire plus. Mais on va bosser, on continue tout, on ne s’arrête pas, parce que, sacrilège, on n’est pas en retard, on est pas malheureux, on est pas bancals.

Surtout pas.

Le monde médical

Et dans ce gentil bordel auto-géré, il y a l’idée qu’il va falloir se tourner vers quelqu’un, « se faire suivre ».

Je passe sur les maladresses/indélicatesses des gynécos (perso, en 25 ans de suivi, je n’ai pas trouvé la perle, j’essaie pourtant) qui veulent rapidement vous vendre des piquouzes, des analyses dans le labo de leur pote, des batteries d’examen chiadés qui font peur, qui vous disent que vous êtes trop vieille (« eh, oh, c’est à cette heure-ci qu’on se réveille? »).

Certaines de mes copines sont hyper pragmatiques et se sont lancées là-dedans en mode bulldozer (elles ont pleuré à la maison évidement) mais en gros, je crois qu’il faut un mental en béton pour entamer « ces procédures » qui ne garantissent évidement pas de résultat (les voies de la nature sont parfois impénétrables). Moi je suis au bord, sur le seuil. J’ai fait quelques trucs, mais je ne réussis pas à me lancer dans la course. Après trois ans ? J’entends les meufs qui se disent : « Elle est con ou quoi ? » et elles ont un peu raison. Mais j’ai peur.

Parce que le corps des femmes est soumis à tellement de choses. Parce que j’ai pris des hormones, un tas de trucs qui ont déglingué à peu près tout, que j’ai peur de l’invasion. Parce que c’est dans le mien, et pas celui de mon partenaire, qu’on met les pattes, que c’est moi qui suis soumise à des échos toutes les deux semaines, à des piqûres. J’ai peur de soumettre mon corps à toutes ces choses, pour ne pas « réussir » (j’utilise ce mot je sais c’est pas bien mais c’est toujours celui qui me vient). J’ai encore un arrière goût amer après ma première grossesse qui s’est déroulée à merveille mais qu’on a médicalisée pour rien. Je me souviens m’être dit que je ne voulais plus qu’un médecin me touche après mon accouchement. Que je ne voulais plus qu’on trifouille en moi. Du coup je ne sais pas si j’ai le force de lutter, de segmenter ma vie pour être encore plus triste à la fin. Je ne sais pas si je supporterais le poids de la déception. D’une énième déception en ayant vraiment tout essayé. Je ne sais pas si je ne dois pas privilégier mon bien être mental. J’ai 38 ans. Pas de problème particulier. Je pourrais peut être pousser les examens. Mais non. J’oscille entre l’envie de me foutre la paix, de faire le deuil et une tristesse incommensurable de ne pas avoir d’autre enfant.

Parce qu’entre autres culpabilités, je me dis dis que j’ai trop attendu, que je me suis laissée vieillir, que bien-sûr, je me suis mise en difficulté, quelle question? Tout est ma faute. Le poids. Toujours le poids.

Un truc de « bonne femme »

Paradoxalement, malgré le fait que la fertilité soit célébrée dans notre société, cette idée du désir d’enfant « trop forte » est taboue. Pour plusieurs raisons que j’ai évoquées plus haut mais aussi car elle renvoie le femmes à une condition plus ou moins bien vécue ou acceptée, par elles même et par la société. Il faut vouloir des enfants, mais en sourdine, sans faire de vagues. J’ai souvent été témoin du mépris constitutif, un peu snob il faut l’avouer, pour les meufs investissant les forums, à base de « zhom » et de « gygys ». C’est pas ma came, cette façon de nommer les choses, je vais pas mentir, mais je remarque que dès que la parole des femmes entre elles se libère sur quelque chose, elle est rabaissée, moquée, parce qu’elle ne prend pas toujours les formes policées qu’on attend et qu’on parle de pertes et d’ovulation. J’ai compris, en traînant sur les forums, à quel point les femmes ont besoin d’en parler, du corps médical, des problématiques qu’elles rencontrent. Et ce n’est pas anodin. On en discutait avec ma copine Juju : la société ne s’adapte pas à nous. Jamais. On est perdantes, quoi qu’il arrive. Le désir d’enfant nous ramène à une « animalité » qui doit être contenue, jugulée, et que la société ne saurait vraiment voir et réellement accepter (à part pour nous vendre des trucs chers pour combler notre tristesse).

Là on est dans un paradoxe total, lié à notre condition de femmes. On doit faire des enfants (coucou les copines qui n’en veulent pas et qui en chient) mais il faut le faire vite et bien, en silence, en revenant pimpante au boulot, sans trop batailler et sans se plaindre.

Quand la machine se grippe, on fait un peu chier le monde.

Oui j’élargis un peu le champ, parce que la question de ma peine n’est pas très intéressante, à terme. Elle permet juste de parler.

Ça reste notre problème et notre responsabilité. On lutte en secret. Avec notre truc de bonne femme. Parce que si on veut trop avoir un enfant, on est irrationnelles. Si on en veut pas, on est égoïstes. Ça reste notre truc. Notre poids.

Le fait que nous n’interrogions jamais la réalité objective, celle qui fait que jamais la question de notre fertilité (qui se situe pour la plupart des femmes dans des tranches d’âge bien définies, il y a des exceptions je sais bien, mais en gros quoi) ne soit prise en compte (dans le bon sens) est assez flippant. Je ne me suis jamais dit que j’allais faire des enfants à 23 ans parce que ma fertilité me le permettait. Parce que je savais pertinemment que c’était impossible. Imaginez une société dans laquelle on n’aurait pas besoin de faire congeler ses œufs parce qu’on doit d’abord finir ses études, faire une carrière et avancer dans la vie. Imaginez une société où on vous dirait « tu as le droit de faire une parenthèse SI TU LE DÉSIRES, parce que ton corps à des impératifs que les nôtres n’ont pas ».

(Je ne parle pas même pas des deux mois de congé mat’ quand tu as expulsé un être de ton corps et que tu dors en moyenne 2 heures dans la semaine).

Une société de choix, POUR les femmes. De vrais choix

La société patriarcale et capitaliste telle qu’elle fonctionne, nous fait croire que rien n’est possible autrement, et nous fait payer des services pour remettre à plus tard ce que certaines (moi par exemple) auraient peut être fait bien plus tôt tout en ne faisant pas une croix sur le travail ou les ambitions.

La vérité aussi, qui sous-tend tout ça, c’est que dans la maternité et la volonté des femmes de se ré-approprier leur corps, il y a quelque chose qui dérange. D’où la condescendance souvent du corps médical, la coercition parfois. Dans le désir ou non d’enfant, dans la volonté de contrôler son corps, il y a quelque chose qui dépasse et qui est trop grand. La douleur de ne pas pouvoir être enceinte, ou la volonté de ne pas l’être sont l’essence d’une même chose : les femmes, leur corps et la puissance de leur corps. La puissance de leur peine, de leur refus, ou de leur colère.

Conclusion d’une thèse pas vraiment développée

Bref, cette problématique est à la croisée de tellement de choses, et évidement, elle n’est pas nommée, comme tout ce qui concerne la réalité de bien des femmes (pas toutes je sais) : les fausses-couches, les traitement invasifs, les violences gynécologiques, les traitements hormonaux, les choix de vie forcés (« Carrière ou enfant ? Les deux ? Burn out ou dépression post-partum dont on ne parlera jamais ? »).

J’ai une pensée pour toutes : celles qui veulent rester à la maison et qu’on juge, celles qui veulent rester célibataires et qu’on juge, celles qui ne veulent pas d’enfant et qu’on juge, celle qui veulent allaiter et qu’on juge, celles qui ne veulent pas et qu’on juge, celle qui ne veulent pas de relation amoureuse, celles qui en veulent plusieurs, celles qui n’en trouvent pas de valable, celles qui transitionnent, celles qui sont handicapées, celles qui sont malades, celles qui veulent un premier enfant, celles qui en veulent un cinquième, celle qui veulent réussir, celles qui s’en foutent, celles qui aiment les meufs, celles qui veulent un enfant avec une meuf, ou pas, celles qui n’ont pas besoin de définir une relation, celles qui sont assexuelles, sans oublier celles qui sont en surpoids et qui sont souvent maltraitées dans les procédures de PMA, celles qui…

La liste est longue. J’oublie des gens mais franchement, on en chie les meufs. Pas toutes pareils, certaines plus que d’autres.

Mais sérieux. Pffiu. Quand je me relis, c’est le seul truc qui me vient. Pfffiu.

Prenez soin de vous.

23 Comments

  • Maaahbh dit :

    Merci pour ce beau texte.
    Ça fait du bien.
    Et tout est tellement vrai.
    Ça me fait vraiment écho.
    Beaucoup de sororité…❤

  • Little No' dit :

    Merci et c’est tout <3

  • Popo dit :

    Je comprends .. ça pue.. ça fait chier
    On (oui je dis ON) a galéré pour avoir Loïs et mentalement c’était l’enfer..
    Du love sur vous 3

  • Orele dit :

    Merci pour cet article qui fera écho à beaucoup de femmes. Parcours périlleux que je salue.
    Périodes qu’on voudrait transformer en vieux souvenirs et laisser derrière nous…
    J’appelle ça le parcours du combattant mais quand la victoire pointe son nez, quel bonheur !

  • Karine - mouvements aberrants dit :

    Lors de l’un de mes ateliers philo, une petite fille de 10 ans m’a dit « le monde est injuste pour les filles » – la sagesse des enfants

    La problématique de la maternité est vaste et je suis toujours extrêmement peinée de savoir qu’un couple et plus précisément une femme ne peut pas aller jusqu’ou bout de son désir et ce pour de multiples raisons. J’ai fait mon mémoire sociologie sur la PMA et j’ai pu entendre de vive voix la douleur de ces femmes (ce sont essentiellement des femmes qui ont témoigné) quelle soit par rapport à cet enfant qui ne vient pas, le regard des autres ou encore la lourdeur des protocoles médicaux. Les listes d’attente pour être pris en charge sont longues et on écarte d’office certaines femmes de par leur âge, ou leurs éventuelles maladies, ce qui est cruellement injuste et tend à renforcer la culpabilisation. Et pour ceux qui parviennent à pénétrer la machine, le parcours ne se fait pas sans embûches, le corps souffre, l’âme aussi, la prise en charge psychologique est quasi nulle ou elle ne se fait que sur demande expresse du patient. Certains couples furent d’ailleurs extrêmement choqués d’apprendre que le corps médical prenait des libertés avec leurs embryons, provoquant un traumatisme accompagné d’un sentiment de deuil…Le monde de la PMA est un univers parallèle souvent très largement méconnu du grand public.

    Comme tu le dis si bien, il y a quelque chose comme de l’ordre de la peur à vouloir autant un enfant, et pourtant s’il y a bien une chose sur laquelle on a pas à se justifier c’est celle-là. – et bien d’autres par ailleurs – on oscille toujours entre les extrêmes de toute façon, une femme qui ne veut pas d’enfants c’est suspect, une qui le veut très fort c’est pathologique. Je pense que l’on a quand même tendance à traiter les questions avec une posture de « tout est culturel » alors que l’on sait – on invente rien – il y a un donné biologique duquel nous n’avons pas percé tous les mystères. On sur-responsabilise l’individu par rapport à des choses qui échappent totalement à son contrôle. Par ailleurs, l’héritage dualiste (le corps d’un côté, l’esprit de l’autre) de la culture occidentale ne favorise pas une connaissance de soi au sens de savoir être à l’écoute de ses besoins, de ses désirs, de son corps. Tout doit passer par le tamis de la raison. On analyse, on ordonne, on calcule, on capitalise, sauf que notre corps n’en n’a rien à faire de tout ça. Il se moque que nous fassions des études, il se moque d’une prétendue stabilité financière…lui il vit tout simplement. Maintenant ce que l’on peut faire, c’est de proposer un modèle de société où chacun puisse vivre avec lui-même et non contre. Cet éternel combat culture contre nature est perdu d’avance. Ce qui est fou avec le modèle liberalo-capitaliste, c’est que l’on demande aux êtres de s’arracher de leur propre condition, c’est d’une absurdité sans fin. On demande aux tomates de pousser en hiver et on demande aux humains de repousser l’enfantement à un plus tard hypothétique, parce que la productivité ELLE, n’attend pas.

    Et ne parle même pas des conséquences de nos modes de vie sur la santé mentale, qui elle-même repousse l’enfantement. Je peux prendre mon exemple, suite à la naissance de mon fils j’ai fait une psychose perpuérale, j’ai trainé cette merde pendant près de 6 ans, alors que j’avais à peu près envie de mourir 100 fois par jour, tout mon entourage me demandait « et alors le deuxième c’est pour quand ? » Ce n’est pas méchant, on le sait mais ce genre questions peut faire mal. Que ce soit parce que ça ne fonctionne pas, qu’on ne le veuille pas, qu’on soit précaire, ou qu’on ne soit pas disposé mentalement. Si je n’ai toujours pas eu de deuxième enfant c’est parce que je vis avec cette peur que ça recommence. Qui voudrait ça ? Et en même temps le désir est là. Par ailleurs on m’a diagnostiqué il y a 3 ans une maladie hormonale et on m’a bien fait comprendre qu’il fallait que je me bouge et que le jour où je serais de nouveau enceinte (si ça arrive) je ferais partie de ce que l’on appelle les grossesses à risques. Rien que de penser au fait que je ne pourrais peut-être plus avoir d’enfants ça me donne envie de chialer toutes les larmes de mon corps…car certes j’ai un enfant mais ma maladie mentale me l’a en partie en volé. Et tout mon projet de vie s’en retrouvera bouleversé. Je suis l’ainée d’une grande famille, et ça a toujours été une grande source de joie pour moi, mon conjoint lui est fils unique et a toujours rêvé de fonder une grande famille. Si lui comme moi devions renoncer à ce désir, ce serait dans le fond renoncer à une partie de nous-même. Et la question ce serait, comment vivre quand on se sent aussi profondément incomplet ?

    C’est toujours un plaisir de te lire.
    Des bisous et amour sur toi et ta famille, je t’envoie des good vibes.

    ps : sorry pour mes pavés.

    • Wildchild dit :

      « une femme qui ne veut pas d’enfants c’est suspect, une qui le veut très fort c’est pathologique. »

      C’est exactement ça. Encore une fois, tu élargis le sujet et tu dis mieux certaines choses.
      Oui; on a beaucoup occulté avec cette dualité corps/âme.
      Il reste que la question de la santé mentale aussi est un énorme tabou, alors lié avec la maternité, comment dire.
      Je ressens chaque mot de ce que tu dis. Je suis avec toi, parce que je sais. Et merci pour nous. Je te fais un bisou. Amour sur ton petit clan aussi.

  • Angela dit :

    Oh maeva, je ne sais pas quoi dire mais encore une fois tu tapes dans le mille. Tendresse encore une fois sur ton âme.

  • Djamila dit :

    Wawwwww, maman de 3 enfants, je ne voyais pas les choses comme ça.
    Bon je connais des mamans qui ont « galéré » pour leur 1 er enfant.
    Enfin une seule en fait. Peut être parce les autres n’en ont pas parlé .
    Comme tu dit « sujet tabou ».
    Mais les autres , les femmes ( oui parce que dans ce cas là on dit souvent les femmes et pas le couple) qui n’arrivent pas à en avoir un autre, ça on en parle jamais .
    Merci d’avoir ouvert ce sujet , de t être ouverte à nous . Bon courage à toi pour la suite.

    • Wildchild dit :

      Bonjour,

      Merci de ton commentaire. Oui il faut ouvrir les vannes et parler, écouter. Je suis contente que l’article ouvre le sujet et nous permette de communiquer!

      Plein de bises. (et bravo pour les 3, c’est du boulot !)

  • Sarah dit :

    Coucou,

    Je te comprends dans ta douleur, même si je ne la vis pas. Sur un autre registre j’ai bientot 30 ans, je suis celibataire depuis quelques années et je ne trouve personne qui me correspond, avec qui avancer. Ca parait tellement simple pour tellement de gens. Je vais avoir 30 ans et j’ai la pression de ne pas trouver la bonne personne avant que mon corps me lache. J’ai subi un avortement a 22 ans, et j’ai peur retrospectivement d’avoir gacher mon unique chance d’avoir un enfant. Je sais que ca peut paraitre con, que j’ai encore plusieurs années devant moi pour trouver quelqu’un mais mes échecs sentimentales cuisant m’ont faire perdre confiance, perdre espoir et la société me dit que je dois me grouiller, me depecher une fois que j’entre dans la 30ene c’est a dire dans quelques mois.
    J’entends des proches, ma mère, des amis de la famille me dire « quand est ce que tu as un enfant ? » Et je dis rien mais j’ai envie de leur hurler qu’il faudrait déja que je trouve quelqu’un que j’aime, qui m’aime et avec qui j’ai envie d’avancer et que c’est tellement difficile pour moi.
    J’essaie de me dire que toute cette pression c’est la société patriarcale, que je suis encore jeune que je peux encore trouver, qu’au pire comme m’a laché au visage une amie a ma mère « t’auras cas adopter », que la planète est deja bien peuplé, que j’emmerde tout le monde, cette pression, ces hommes qui m’ont brisé le coeur, la societe et que je vis ma vie le coeur léger sans me prendre la tête mais en réalité j’y arrive pas trop.
    Je sais que mes problèmes semblent tellement ridicules a coté des tiens et je suis vraiment désolé mais en lisant ton post ca ma renvoyé a ca. Il y a des désirs d’enfant qui ne trouvent pas de réponses pour des raisons liés a son corps, et d’autres pour des raisons liés a son célibat qui semble ne jamais finir..

  • Marine dit :

    Ton article m’a donné des frissons. Des gros frissons. D’émotion, de colère, d’indignation, de peur… Parce que comme tu le dis si bien, on est toutes concernées, quelles que soient notre situation et nos envies… Merci. Et courage !!

  • suzanne dit :

    Merci pour ce texte. J’ai une amie qui débute une démarche de PMA en ce moment et ça m’intéresse de lire les expériences des unes et des autres autour de la maternité, du désir d’enfant, des problèmes de fertilité. Moi même j’ai choisi de ne pas avoir d’enfant. En fait, je ne me suis jamais vraiment sentie concernée par les questions de maternité. Même si le chemin pour trouver ma place de femme mariée sans enfant a été long, je suis finalement dans la gratitude de ne pas avoir été confrontée à toutes ces difficultés et je souhaite tout le courage à celles qui traversent autant d’épreuves.

    • Wildchild dit :

      Merci de ton commentaire; merci du soutien qui tu apportes à ta pote malgré tes propres doutes et tes choix !
      courage à toi aussi parce que les gens sont relous et que je supposes que tu as ton lot de remarques exaspérantes.
      Bises

  • Marion dit :

    Bonjour,
    Je vis la même chose et c’est la première fois que je lis des mots aussi justes… c’est aussi une bonne prise de conscience sur la culpabilité que je rumine et qui a été beaucoup induite par mon gynécologue. Merci pour cette réflexion qui m’a touchée.

    • Wildchild dit :

      Courage.
      Les gynécos peuvent être formidables mais aussi très destructeurs, moi le dernier que j’ai vu m’a tellement traumat que je ne n’y vais plus (je sais c’est mal)
      Prend soin de toi!

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