2017 en livre/série/podcast…

Livre audio

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C’est, sans conteste, l’ouvrage qui m’a le plus émue cette année. Je n’étais pas une fan de la musique du « Boss »; c’était, dans mon esprit, une caricature du rock des années 80, pas très subtil et trop fort en saxophone à mon goût. Je n’arrive pas à me souvenir pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur ce livre, ou plutôt si : c’est Jacques Frantz, l’acteur qui a déjà officié sur « Limonov » d’Emmanuel Carrère, et dont la voix m’avais littéralement subjuguée, qui est le narrateur ici. Je pense que ce détail a fortement influencé mon choix.

Qu’importe, dès les premières minutes du récit, j’ai su que ce livre allait être important. Contre toute attente, l’écriture de Bruce Springsteen est incroyablement fluide, subtile et touchante. L’ouvrage est une auto-biographie, qui retrace depuis son enfance, son parcours incroyable. La force de son récit tiens dans l’absolue sincérité et la grande humilité du personnage, sans aucune fausse modestie. Bruce Springsteen n’est pas une rock-star: il ne faut pas s’attendre ici à du sexe et à du rock’n’roll et c’est ce qui m’a plu en lui. C’est l’histoire d’un petit prolétaire italo-irlandais du New Jersey qui a décidé, à la force du poignet, qu’il vivrait de sa musique, sans écraser personne, ni trahir les siens. Son amour de la famille (la façon dont il en parle est juste trop émouvante), sa grande fidélité en amitié, m’ont touchée ; Springsteen a travaillé sur lui, fait une psychanalyse et la vraie lucidité avec laquelle il se voit, voit ses rapports avec les autres et sa propre vie, sont d’une grande intelligence.

L’autre aspect, le plus fascinant, est la force qu’il a du mettre dans son travail, dans sa volonté de réussir et de créer. Bruce Springsteen se voit comme un narrateur, qui utilise le biais de la musique pour raconter ses histoires, et c’est ce qu’il est. Tout au long du récit, j’ai réécouté ses albums, dont il parle avec précision, et cela m’a permis de découvrir, littéralement, sa musique. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce livre : c’est très rare chez moi, mais en l’écoutant j’ai ri et j’ai aussi pleuré. Il y a quelque chose de vraiment sincère, lumineux et fascinant dans sa vie et sa personnalité.

Podcast

Photo prise en juin 1974 du chantier du Forum des Halles, au cœur de Paris, après la destruction des halles

  • Affaires sensibles //Les Halles Le cœur brisé de Paris

Je suis une grande amatrice de podcasts et ceux d’Affaires sensibles sont vraiment mes préférés : Fabrice Drouelle s’y empare de sujets divers, historiques, criminels, culturels et réussit toujours à élargir le propos, à remettre les évènements en perspective pour nous aider à lire le monde et à mieux le comprendre.

La transformation de Paris est un sujet qui me passionne ; je donnerais n’importe quoi pour traverser la capitale telle qu’elle a du être au 19ième siècle. Du coup, l’histoire de la transformation du quartier des halles en 1974, dernier bastion d’un Paris aujourd’hui complètement disparu, m’a fascinée. La destruction des structures crée par Baltard et l’exode de toute une population de commerçants, cafetiers, biffins, hommes et femmes du quartier est symptomatique de l’histoire d’une ville qui chercher à se moderniser et à se réinventer.

Cerise sur la gâteau : on y entend les gens qui y travaillaient, interviewés à l’époque, qui font part de leur tristesse et de leur inquiétude quant à l’avenir, avec un accent parigot de toute beauté…

Pour écouter, c’est juste en dessous

En bonus: une petite vidéo sur les Halles en 1917, avec un Paris résolument disparu.

Série

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Un peu blasée, je l’avoue, par la surenchère de séries proposées aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à me plonger dans de nouvelles saisons et les personnages m’indiffèrent rapidement : j’ai longtemps été série-addict, mais je crois que depuis quelques années, je sature. C’est exactement ce qui s’est passé avec Strangers Things : je n’ai pas regardé la saison 2, juste parce que le battage médiatique après la saison 1 m’a vraiment saoulée.

Dark, c’est un peu la série que j’attendais : déjà, elle ne se passe pas au États Unis, ce qui la rend, d’emblée, intéressante  : on y parle allemand. Au delà de cet aspect, elle propose une vraie narration de science fiction (pas un clip sur fond de musique année 80, ça c’est un tacle pour ST, je suis vilaine). L’histoire a plusieurs niveaux : la description d’une ville de province en Allemagne aux abords d’une centrale nucléaire, ses habitants, leurs histoires entremêles, la famille, l’amitié, l’amour / la disparition d’enfants de la commune, qui se répète à chaque génération, avec une intrigue policière / la réflexion sur la temporalité, les passages dans le temps.

Et c’est là que la série devient vraiment intéressant, car elle pose un vrai postulat de SF, et semble aller jusque bout de la proposition, sans chercher à être plus lisible ni « trendy ». Les sauts dans le temps sont un vrai régal, tant par la subtilité de la déco, des références et le fait de retrouver les personnages à des époques différentes est vraiment cool.

Un point important aussi ; la photographie de la série est sublime, les plans souvent magnifiques, les décors assez incroyables et les acteurs carrément très bons. Pour une fois depuis longtemps, j’attends vraiment la saison 2.

Livre

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Fait étonnant, le deuxième livre qui m’a marqué cette année est aussi la biographie d’une musicienne. Comme pour celui de Bruce Springsteen, je suis venue à lui un peu à reculons. Je ne suis pas particulièrement fan de sa musique et son personnage ne m’étais pas vraiment sympathique. J’étais familière de l’œuvre de Robert Mapplethorpe, photographe avant-gardiste et provocateur, sans connaitre la nature exacte de sa relation avec la chanteuse-poétesse et sans, je l’avoue, en penser grand chose.

Ce livre m’a bouleversée. D’abord, car je suis fascinée par le destin de ceux qui vivent leur vie sans se soucier des conventions ou de ce que l’on attend d’eux: Patti Smith est partie de rien, littéralement, pour aller vivre à New-York , sans réseau, sans argent, sans famille ni amis, et cette force de volonté, déjà unique dans sa réalisation, m’impressionne.

Deux axes dans ce livre en font un témoignage unique sur la scène musicale et culturelle de New-York à partir des années 70 : l’analyse, très précise, que Patti Smith fait du cheminement qui a été le sien pour trouver son média et exprimer son art. Elle explique avec beaucoup d’humilité son voyage pour se trouver, s’exprimer. Ce qui m’émeut, c’est qu’elle y a consacré sa vie, sans faire de concessions, en ayant des jobs alimentaires et en manquant, dans les première années, à peu près de tout. L’ascèse dont elle a fait preuve (elle ne se droguait pas et n’avait pas beaucoup de relations sentimentales) est remarquable, d’autant plus pour une femme à cette époque, beaucoup plus coercitive que la notre sur le plan social.

Le deuxième axe est celui de sa relation avec Robert Mapplethorpe, qu’elle décrit avec beaucoup de lucidité et de pudeur, tout en la relatant merveilleusement bien. Leur amour, qui se transforme en une amitié indéfectible, est réellement bouleversant. Je n’adhère pas vraiment au concept assez cucul des âmes-sœurs, mais s’il m’était donné d’en faire un exemple, ce serait probablement le leur.  Les dernière pages, une fois n’est pas coutume, m’ont fait pleurer, peut-être car je me retrouve dans cette notion de fidélité à ceux qui nous ont accompagnés et fait grandir, peut-être car j’ai aussi perdu mon meilleur ami.

Lire ce livre, c’est aussi croiser Jim Caroll, Sam Shepard, Andy Warhol et tous les chanteurs et poètes qui ont trainé leurs guêtres au Chelsea Hotel à cette époque !

Chanson

  • « God Only Knows » – John Legend & Cynthia Erivo

Cette chanson est sous doute celle que j’ai le plus écoutée cette année.

Elle mêle ma passion extrême pour les Beach Boys, groupe dirigé par un génie absolu selon moi, Brian Wilson et que j’ai beaucoup écouté avec mes parents quand j’étais petite et pour le R’n’B ( je ne suis pas une fille des nineties pour rien, je peux passer de Sepultura à En Vogue sans sourciller).

Cette cover est sublime, tout simplement.

Article de blog

Je connais Camille de loin en loin, depuis la fameuse époque des groupes de néo-métal qui officiaient sur Paris dans les années 2000. Je la suis depuis pas mal de temps et je suis assez admirative de son parcours. Son blog est vraiment l’un des seuls de la veine « santé » que je lis régulièrement, à la fois car elle y fait preuve d’une grande sincérité et qu’elle écrit vraiment très bien.

Cet article de blog, pas très long, a raisonné en moi, et comme à chaque fois que l’on parle de dépression, m’a fait avancer. Ceux qui parlent de cette maladie de manière franche et sincère ne sont pas légion, et ils permettent à des gens comme moi, qui ont eu du mal à se rendre à l’évidence, de lâcher du leste et ont un effet miroir assez libérateur.

Merci Camille.

Mélanie est une auteure de Fantasy française hyper douée. Je la connais un peu, pour avoir participé avec elle à un projet littéraire, Adar ; je l’ai donc rencontrée à quelques occasions que j’ai fort appréciées. Je lis régulièrement son blog, qui est passionnant et j’ai été particulièrement touchée par ce post. Elle y évoque la difficulté qu’elle a éprouvé à se définir et la pression qu’exerce la société sur les individus pour les circonscrire.  Courageux et salutaire.

Vlog

Claire est l’une des rares youtubeuses que je regarde, à la fois car je la trouve sublime et touchante : elle est très à l’américaine, avec assistante et plan de carrière, mais indéniablement douée pour se raconter et emmener les gens avec elle.

Le sujet qui me touche le plus chez elle est celui de sa relation avec sa mère, atteinte d’Alzheimer et dont elle retrace la maladie pas à pas, en faisant part de ses doutes et des ses inquiétudes. Claire est une enfant adoptée, ce qui ajoute une dimension particulière à la perte de mémoire de le femme qui l’a élevée seule.

Ce vidéo est, comme toujours, émouvante et maligne.

Vidéoclip

  • JAY-Z – Moonlight / Directed by Alan Yang

Mais on parle de la beauté de ce vidéo clip ?

L’idée de génie : reprendre un épisode quasi entier de Friends, avec des acteurs noirs. Quand on sait, avec le recul, que l’un des défauts majeurs de Friends est l’absence totale d’acteurs racisés, le résultat est plutôt incroyablement satisfaisant. Puis vient la mise en abîme, dérangeante, mélancolique.

Jay Z entame sa chanson :

« We stuck in La La Land, Even when we win, we gon’ lose »

(« On est coincés dans La La Land, Même quand on gagne, on va perdre ») : il oppose La La Land, film sur le jazz entièrement joué par des blancs et Moonlight, film qui met en scène des acteurs noirs et à travers ce parallèle, met en relief l’impossibilité pour les artistes noirs d’être réellement entendus et le problème de l’appropriation culturelle.

Konbini en parle beaucoup mieux que moi dans cet article !

Concert

Cet album, c’est un peu une madeleine de Proust : si vous ne connaissez pas le concept, c’est la BO d’un film de Wes Anderson, où un chanteur brésilien, Seu Jorge, reprend les hits de David Bowie en portugais. J’ai beaucoup beaucoup écouté ce disque et voir Seu Jorge l’interpréter sur scène était un moment magique. Il a raconté la genèse du projet, avec beaucoup d’humour et d’autodérision, à parlé de son père, de l’amour, de la mort avec pudeur et humour.

Un vrai moment de grâce.

Livre pour enfants

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Le sous-titre : 100 destins de femmes extraordinaires : de Michelle Obama à Nina Simone en passant par Marie Curie, le livre retrace en une double page à chaque fois, le destin de femmes de tous les pays du monde, qui ont marqué l’histoire et transformé le monde. C’est bien écrit, les illustrations sont fabuleuses et l’idée, vraiment géniale. Ma fille adore.

Docu

Deux documentaires absolument géniaux par Arte !

Où l’on découvre les liens serrés dans la construction de la République telle que nous la connaissons, avec le milieu Corse et les grandes familles mafieuses.

Un État dévoré par la corruption? C’est un fait, à la lumière de ce documentaire passionnant qui met en lumière des accointances, des mécanismes que nous ne soupçonnons pas et que retrace l’histoire complexe des relations entre le crime organisé et les hommes officiant dans les plus hautes sphères du pays.

Attention, documentaire fleuve ! Neuf heures de film, qui passent en un clignement de paupière (à la base, il en dure dix-huit).

Ken Burns et Lynn Novick s’emparent d’un des sujets les plus épineux de l’histoire des États Unis avec une grande intelligence. Ils font témoigner tout le monde : soldats américains à la retraite, vétérans en colère, Viet-Minh, Viet-Congs, vietnamiens du sud, partisans du pouvoir en place, survivants, villageois… et cela est complètement inédit.

Ils décortiquent le conflit de manière pédagogique : si comme moi, vous êtes nés dans les années 80, vous avez été abreuvés de films et de séries retraçant le conflit, du point de vue des américains, bien-sûr (Né un 4 juillet, L’enfer du devoir, Apocalypse now ou Full metal jacket ne sont que les exemples qui me viennent à l’esprit, il y a en a beaucoup plus) vous vous apercevrez, à moins de vous y être particulièrement intéressé, que malgré cette surenchère de films et séries, vous ne connaissez rien à ce conflit, à ses causes et à son déroulement.

Le tour de force de ce documentaire est de réussir à expliquer le conflit avec ses protagonistes mêmes, tout en mettant en lumière la société américaine et les profonds changement que cette guerre à suscité en son sein.

Enfin, la foison d’informations inédites, dossiers ouverts, écoutes de présidents révélées et épisodes cachés de la guerre rendent ce documentaire tout simplement passionnant.

2 Comments

  • mzelle fraise dit :

    Super sélection, je vais de ce pas découvrir ce que je ne connais pas 🙂 Tellement d’accord avec toi pour Affaires Sensibles ! J’ai trouvé cet épisode très bien – d’autant plus que je connais le dessous des cartes, comme mon père travaille dessus 😉 – j’ai juste regretté que le micro-trottoir réalisé ne soit pas au niveau du reste du récit historique, ces quelques minutes se complaisent un peu dans les stéréotypes (les jeunes de banlieue viennent forcément aux Halles vendre de la drogue…). Vivement une autre de tes sélections !

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